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samedi 4 décembre 2021

Au Liban, la crise est un style de vie

Les affrontements de jeudi dernier dans Beyrouth, provoqués par des tirs depuis des terrasses d’immeubles sur des manifestants shiites, essentiellement membres du Hezbollah et du mouvement Amal, ont fait six morts et plusieurs blessés. Mais au bout du compte, ils n’auront duré que quelques heures, alors qu’il était à craindre qu’ils donnent le coup d’envoi à une nouvelle guerre  civile au Liban. Sans doute faut-il attendre que plusieurs jours se soient écoulés avant de conclure qu’une fois de plus le Liban, qui joue avec le feu depuis si longtemps, a échappé au pire. Ces pompiers que sont l’armée, le président et le gouvernement, ont réussi à circonscrire puis à éteindre le feu en quelques heures seulement, un temps bien plus court que celui qui avait fallu, à ceux qui occupaient leurs fonctions en mai 2008, pour parvenir à la même finalité : stopper net la descente aux enfers. Cet épisode d’exaspération soudaine dans un contexte de conflit perpétuel, lequel épisode s’était étendu sur plus d’une semaine, vient en effet immanquablement à l’esprit sous l’aiguillon de celui de jeudi, à croire que ce dernier n’en est qu’un remake, une lointaine réplique, survenant dans un contexte ayant malgré tout évolué. La similitude est en tout cas frappante entre ces deux sautes d’humeur meurtrières, dans leur déclenchement comme dans leur cause profonde, sauf que le  second  a été étouffé bien plus rapidement que son modèle, ce qui augure bien de la suite. S’agissant du Liban, le plus étonnant ce n’est pas qu’il cède par moments à ses démons, mais qu’il les tienne sous contrôle, en échec depuis si longtemps. Il est ainsi fait, ou ainsi fracturé, que son était normal devrait être la guerre civile. Il n’y a succombé qu’une seule fois pourtant. Il reste toutefois sous son signe, comme une fatalité contre laquelle il lui faut sans cesse se réinventer. En 2008, c’était l’aéroport de Beyrouth, ou plutôt son contrôle, qui était la pomme de discorde entre ses factions  politiques. En 2021, c’est le port de Beyrouth, ou plus exactement, la gigantesque explosion qui l’a détruit, et ses quais, et ses entrepôts, et tout ce qui l’environne, emportant des vies et ravageant des familles par centaines et par milliers. Dans les deux situations, les mêmes rivaux politiques regroupés dans deux camps d’autant plus inconciliables qu’ils s’adossent à des alliances régionales et internationales opposées.  Cet état de crise permanent pourrait durer longtemps si les Etats de la région, ainsi que les puissances étrangères dont ils relèvent, étaient eux aussi capables de gérer leurs désaccords. De l’expérience de 2008 à celle, équivalente, de 2021, le Liban a appris à mieux contrôler sa pulsion de mort. Il n’est pas évident qu’on puisse en dire autant des Etats de la région, qui tous comptent des partisans ou des affidés en son sein. Pour Israël et ses alliés, dans la région et hors de celle-ci, le temps est venu de mettre une bonne fois pour toute  l’Iran hors d’état de se doter de l’arme atomique, lui qui serait tout près de la fabriquer. Israël, les Etats-Unis, et la France, estiment ne plus disposer de beaucoup de temps pour obtenir le démantèlement des installations nucléaires iraniennes, entendu qu’ils ne contenteront pas de moins, que cela soit par le rétablissement de l’accord de 2015, soit par son renouvellement, soit par les armes. Dans cette perspective, désormais pressante, il faut commencer par désarmer le Hezbollah, dont le premier réflexe en cas d’agression contre l’Iran serait de s’en prendre à Israël. Sans cet éclairage, on ne comprend rien à ce qui se passe au Liban.

Mohamed Habili

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