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lundi 27 juin 2022

Arsenal

Au lendemain de la Seconde Guerre mondiale, les Allemands ont décidé de faire pénitence en occultant tout sentiment nationaliste et patriotique dans leur pays, terrifiés de voir leur nation impliquée une fois encore dans un conflit dont ils seraient les instigateurs. Même les supporters de football qui arboraient fièrement des drapeaux allemands en 2002 lors de la Coupe du monde au moment de la victoire de leur équipe nationale avaient été critiqués par une frange de la classe politique et médiatique allemande. Par ailleurs, selon les accords de Yalta signés en 1945 par les Américains, les Britanniques et les Soviétiques, «les Allemands ne pourront espérer une existence convenable et une place dans le Conseil des Nations unies qu’après l’extirpation du national-socialisme et du militarisme». Suite à cela, l’Allemagne, qui possède toutefois une armée, a toujours compté sur ses alliés et surtout les Américains pour la défendre en cas de conflit. Or, la guerre en Ukraine et le refus des États-Unis de s’impliquer militairement face à la Russie a poussé, il y a quelques semaines, le chancelier allemand Olaf Scholz a annoncé une enveloppe record alloué à l’armée ainsi qu’à sa modernisation et son renforcement. Hier, l’Allemagne a confirmé vouloir dépenser dès 2022 des sommes records pour son armée afin d’être en mesure de dépasser les 2 % du PIB préconisé par l’Otan «dans les prochaines années». Ce projet de budget, qui doit être débattu au Parlement dans les prochains jours, prévoit pour cette année 50 milliards d’euros de dépenses militaires, un «record», selon une source gouvernementale. En 2018, la première économie de la zone euro n’avait, en comparaison, consacré que 38,8 milliards d’euros pour sa défense. Elles ont progressivement augmenté ces dernières années pour atteindre près de 47 milliards l’an dernier. Le chancelier Olaf Scholz avait, à cette occasion, annoncé une enveloppe exceptionnelle de 100 milliards d’euros pour moderniser l’armée et l’objectif de dépasser les 2 % de dépenses militaires dans le PIB. Berlin maintient donc en 2022 le cap de dépenses budgétaires importantes, après deux années marquées par la pandémie de coronavirus qui ont nécessité un important soutien public à l’économie. Depuis 2020, l’Allemagne a en effet dû abandonner ses sacro-saintes règles de rigueur budgétaire, qui lui interdisent d’emprunter plus de 0,35 % de son PIB chaque année, pour faire face à la crise sanitaire. Pour 2022, le gouvernement de coalition, associant sociaux-démocrates, écologistes et libéraux, table sur un nouvel endettement élevé à 99,7 milliards d’euros, contre 215,4 milliards en 2021. Le gouvernement compte toutefois bien revenir à sa règle de frein budgétaire dès 2023, avec un nouvel endettement prévu de seulement 7,5 milliards d’euros. «L’Allemagne investit fortement dans la défense, la numérisation et la transition écologique, mais nous maintenons en même temps notre objectif de respecter le frein à l’endettement de notre Constitution dès l’année prochaine», a récemment affirmé le ministre des Finances, Christian Lindner. Ainsi, étant déjà la première puissance économique européenne, l’Allemagne se prépare aussi à devenir une puissance militaire faisant définitivement de Berlin la tête de proue des pays de l’UE, laissant loin derrière la France. Paris, qui malgré son siège au Conseil de sécurité de l’ONU et sa bombe nucléaire, semble avoir de plus en plus de mal à se faire entendre sur la scène internationale, surtout que Berlin a choisi d’étoffer son arsenal militaire avec de l’armement américain plutôt que français.

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