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samedi 13 août 2022

Arrestation

Pendant des années, Recep Tayyip Erdogan a été encensé par plusieurs responsables politiques européens et américains qui voyaient en lui un dirigeant fort et un allié solide. Mais après avoir réussi à infiltrer ses hommes dans toutes les sphères du pouvoir, le président turc a finalement montré son vrai visage au lendemain d’un coup d’État raté impliquant 151 personnes. Erdogan a réussi, grâce à ce putsch avorté, à se débarrasser de milliers d’opposants, n’hésitant pas à les déchoir de tous leurs droits et même pour beaucoup à les emprisonner sommairement. Aujourd’hui, il peut même se permettre de placer en détention provisoire une journaliste turque, Sedef Kabas, pour avoir dit à la télévision en parlant de lui : «Quand un bœuf entre dans un palais, il ne devient pas un roi, le palais devient une étable». La police a en effet interpellé Sedef Kabas à son domicile d’Istanbul à 02h00 locales (23h00 GMT), dans la nuit de vendredi à samedi, quelques heures après son passage à l’antenne suivi de la répétition du même commentaire sur son compte Twitter suivi par 900 000 abonnés. Elle a été formellement arrêtée après sa présentation au tribunal. Le délit d’«insulte au président» est passible d’un à quatre ans de prison en Turquie. «Une soi-disant journaliste a carrément insulté notre président sur une chaîne de télévision qui n’a pas d’autre objectif que de répandre la haine», a déploré un porte-parole du chef de l’État, Fahrettin Altun sur Twitter. «Je condamne cette arrogance, cette absence de morale dans les termes les plus fermes. Ce n’est pas seulement immoral mais aussi irresponsable», a-t-il ajouté. «L’arrestation de Sedef Kabas pour ‘’insulte au président’’ est une grave atteinte à la liberté d’expression», a pour sa part commenté le Syndicat des journalistes de Turquie (TGS). Les ONG dénoncent régulièrement des violations de la liberté de la presse en Turquie, en particulier depuis la tentative de putsch en 2016 qui a été suivie par l’arrestation de dizaines de journalistes et la fermeture de plusieurs médias jugés hostiles. La Turquie figure à la 153e place sur 180 du classement 2021 de la liberté de la presse de Reporters sans frontières (RSF). Reste à voir ce qu’ont à dire de cette énième démonstration de force les «alliés» d’Erdogan qui malgré les provocations et insultes à leur endroit continuent à traiter le maître d’Ankara comme un partenaire indispensable. Mais cela a probablement plus à voir avec la situation des migrants aux frontières de l’Europe, qu’Erdogan contient en échange de milliards de l’UE que de la personne du président turc.

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