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lundi 27 juin 2022

Après le départ des mercenaires de Libye, le désarmement des milices

Les mercenaires syriens ayant effectivement commencé à quitter la Libye, les autres, au service du camp opposé forcément, ne devraient pas trop tarder à faire de même. Autrement, les premiers n’auraient plus qu’à revenir, ce qui, par les temps qui courent, n’est guère concevable. L’une des questions qui a le plus préoccupé l’ONU depuis la conférence de Berlin, en janvier 2020, celle précisément des 20 000 mercenaires sans le départ desquels aucune solution n’est possible, est donc en train de se régler. Dans quelques semaines, peut-être même dans quelques jours, tous les mercenaires seront partis. Mohamed el-Menfi, le président du Conseil présidentiel, structure transitoire qui en compte deux autres membres, peut se considérer dès à présent comme le président de l’Etat, ayant droit à ce titre aux honneurs dus à un chef d’Etat, s’il n’en dispose pas réellement déjà. Il était hier à Ankara, en provenance du Caire, où il avait été reçu par le président égyptien. L’équation libyenne se simplifiant, tout progrès vers sa résolution complète ne passe plus désormais que par le Caire et Ankara.

Ce n’était pas le cas au plus fort de la crise, quand le consentement de bien des capitales, arabes et non arabes, était requis pour faire le moindre pas dans la bonne direction. Personne ne songerait aujourd’hui à aller demander leur avis à Doha et à Abou Dabi, pourtant très actifs dans la crise libyenne quand elle battait son plein. Ces deux-là sont tout juste bons à mettre le feu dans un pays arabe en difficulté, puis à l’entretenir, mais dès que le conflit s’apaise et que l’horizon se dégage, ils disparaissent, ils quittent le pays. S’ils ont un rôle à jouer, c’est dans les phases d’aggravation, non dans celles du dénouement. Ce n’est pas maintenant qu’il vient de renouer avec l’Arabie saoudite et l’Egypte que le Qatar va chercher à imposer ses vues dans la solution à la crise libyenne. Sa vocation est de contribuer à créer les problèmes non à les résoudre. On peut en dire autant des Emirats. On peut mesurer la gravité d’une situation à l’agitation délétère qu’ils y déploient. Il ne viendrait pas à l’esprit d’El Menfi de faire un crochet par Doha ou par Abou Dabi sur le chemin du retour à Tripoli en quittant Ankara. Il serait pourtant prématuré de croire que tous les obstacles sont aplanis devant la réunification de la Libye. Ce n’est pas tout d’obtenir le départ des mercenaires, et de se débarrasser de ces fourriers du désastre que sont le Qatar et les Emirats, il faut encore dissoudre les milices armées, présentes dans bien des villes, et notamment dans Tripoli, qu’elles tiennent depuis maintenant une décennie. Autant il était facile de faire place nette des mercenaires, autant il serait difficile de faire rendre leurs armes à ces milices, qui pensent jouir de la légitimité révolutionnaire. Rigoureusement parlant, on ne peut dire que la crise libyenne se résout tant que leur désarmement ou leur dissolution n’est pas encore acquis. Etrangement, il n’est pas question de cela aujourd’hui. On n’en a qu’après les mercenaires, dont on veut hâter le départ. Mais une fois ceux-là partis, il faut bien s’attaquer à un problème plus dur encore, celui des milices justement. Si les élections programmées pour la fin de l’année ne sont pas tenables en présence des mercenaires, elles ne le sont non plus à l’ombre des milices.

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