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dimanche 2 octobre 2022

Alors que le torchon brûle entre avocats et magistrats: La grève des robes noires «quasi totale»

Le taux de suivi de la grève enclenchée par les avocats relevant de la cour d’Alger a été de 100 %. C’est ce que nous apprend Maître Mohamed Baghdadi, bâtonnier intérimaire et porte-parole du Conseil de l’Ordre des avocats d’Alger.

Par Lynda Naili

Contacté hier par téléphone, Me Baghdadi affirmera, en effet, que «la grève décidée pour une semaine a été suivie à 100%». Selon lui, «aucune des juridictions ne fonctionne. Il y a un service minimum qui est organisé par rapport aux dossiers d’urgence pour ne pas léser les justiciables en matière de délais ou de recours, sinon le suivi est quasi total».
Par ailleurs, interrogé sur la réponse du Conseil de l’Ordre des avocats rendue publique avant-hier sur les réseaux sociaux, il expliquera qu’«en fait, il y a eu deux communiqués. L’un fait par le président du SNM, et l’autre par la section syndicale de la cour d’Alger». «Dans un premier temps, poursuivra-t-il, nous avons décidé, dans un souci d’apaisement et sachant que le SNM n’étant en rien concerné par les problèmes que nous avons eus à la cour la semaine passée, nous n’avons pas voulu donné suite». Mais «suite au second communiqué qui a émané de la Section syndicale, contenant des propos déplacés, allant de contrevérité en contrevérité, nous avons diffusé une réponse hier (avant-hier) soir», enchaînera-t-il. Une réponse à travers laquelle «les bons principes de la profession ont été rappelés», relèvera notre interlocuteur. «Pour nous, considérera-t-il, le juge est arbitre, garant des libertés. Il doit être le premier gardien d’un procès équitable. La défense, elle, agit sur mandat. Nous sommes des justiciables, des usagers de justice et propriétaires du service public». Or là, déplorera-t-il, «il se trouve malheureusement, par un malheureux événement, que le juge a oublié ces principes». «En réalité, précisera-t-il, il ne s’agit pas que de l’incident (ndrl de Me Sellini) qui justifie notre position et ce que certains ont appelé le durcissement de la défense, c’est surtout le caractère répétitif de dépassements et de cette justice acquise qui n’est pas rendue sereinement, qui dérangent la défense». De fait, évoquant le mouvement de protestation observé par ses pairs, le bâtonnier intérimaire affirmera : «Nous comptons même aller au-delà si nous constatons qu’il n’y a aucun répondant pour faire respecter les droits de la défense en rappelant que ces derniers ne sont pas les droits de l’avocat, mais de ceux des citoyens, des justiciables, usagers et propriétaires du service public». Et de relever dans cet esprit que «le procureur de la République, le procureur général, le président de la cour… ne sont que les serviteurs des usagers et par extrapolation au service de la défense qui n’est que le mandataire du citoyen qui aujourd’hui ne se retrouve plus dans notre justice».
Pour rappel, avant-hier dans son communiqué, la section d’Alger du Syndicat national des magistrats (SNM) a apporté «son soutien total et inconditionnel aux magistrats de la première chambre». En outre, la Section a dénoncé et condamné «les comportements qui portent atteinte à l’image des magistrats et celle des avocats». La Section a en effet estimé qu’au refus signifié par la cour d’Alger quant au report des plaidoiries qu’il avait formulé dans le cadre du procès Sovac, Abdelmadjid Sellini a tenté d’imposer sa logique à travers certains «comportements», provoquant ainsi «le désordre et une atteinte au bon déroulement de l’audience, atteinte à l’obligation de respect des juges à travers des expressions honteuses, comme donner un coup de pied à la porte de la salle d’audience». «Ces actes, a poursuivi la Section, commis par le bâtonnier constituent une atteinte à l’autorité d’une institution souveraine de l’Etat. C’est aussi une violation honteuse des traditions et de l’éthique du métier d’avocat». Pire. Evoquant les articles 144 et 147 du code pénal, la Section d’Alger du SNM a considéré que les actes commis par le bâtonnier d’Alger tombent sous le coup de la loi. Enfin, la section syndicale a appelé «l’Etat à assumer ses responsabilités constitutionnelles et légales pour la protection des magistrats durant l’exercice de leurs fonctions». Par ailleurs, dans la journée d’avant-hier également, à l’issue de sa réunion à la Cour suprême, l’Union nationale des conseils d’ordres d’avocats a donné raison au barreau d’Alger et arrêté la journée d’hier et celle d’aujourd’hui, journées de grève générale des robes noires. Une décision qui viendra ainsi appuyer et soutenir le mouvement de protestations des avocats relevant de la cour d’Alger qui ont décidé de boycotter pendant une semaine les audiences se déroulant dans toutes les juridictions relevant de la cour d’Alger, dénonçant ainsi «des violations des droits de la défense de la part des magistrats», et exigeant «des conditions de procès équitables». L’Union nationale des Ordres des avocats a condamné et dénoncé l’attitude de «la première chambre criminelle de la cour d’Alger, le 24 septembre dernier, à l’égard des avocats de la défense, notamment le bâtonnier d’Alger». «Cette attitude, imprudente est une dangereuse déviation qui aurait pu être évitée si le président de la séance a décidé de la levée de la séance en application de l’article 25 de la loi réglementant l’exercice des avocats», a estimé l’Union, qui appelle le ministre de la Justice à appliquer cette dite loi dans cette affaire. Et de rappeler ainsi dans son communiqué que «les droits de la défense sont sacrés, ne peuvent être violés quelles que soient les circonstances, et ce, même l’accusé a commis les crimes les plus odieux».

L. N.

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