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lundi 20 mai 2024

Algérie-Tunisie-Libye: Accord historique pour l’exploitation des eaux du Sahara du Nord

Dans le cadre de la mise en œuvre des décisions ayant sanctionné, il ya tout juste soixante douze heures, le Sommet de Tunis, au terme de la première réunion consultative regroupant les dirigeants de l’Algérie, de la Tunisie et de la Libye, un accord visant à établir un mécanisme de concertation sur les eaux souterraines au niveau du Sahara septentrional, dont le siège sera implanté à Alger, a été signé, hier, entre les trois pays frères, par les premiers responsables de ce secteur stratégique.

Par Lynda Naili

L’Hôtel Sheraton Club des Pins-Alger a abrité, hier dans la matinée, la cérémonie de signature d’un accord entre l’Algérie, la Tunisie et la Libye en vue d’établir un mécanisme de concertation sur les eaux souterraines au niveau du Sahara septentrional. Un espace hydrique commun qui constitue un énorme réservoir d’eau non renouvelable. La cérémonie de signature a été conjointement coprésidée par le ministre de l’Hydraulique, Taha Derbal, le ministre tunisien de l’Agriculture et des Ressources hydrauliques, Abdelmonem Belati et vice-ministre libyen des Ressources en eau, Mohammed Faraj Guenidi.
Cet accord tripartite porte essentiellement autour d’échanges de données et d’expérience et surtout du travail et de la concertation commune dans l’exploitation hydrique des zones sensibles, et ce, dans le respect total de la souveraineté de chaque pays.Ainsi, dans la Déclaration d’Alger qui a sanctionné les travaux de trois rencontres tenues en prévision de la signature de cet accord et ayant regroupé responsables et experts en hydraulique des trois pays, il a été consigné que sur la base «des relations fraternelles et historiques unissant nos trois pays, et concrétisant la volonté sincère et la détermination de nos dirigeants qui ont adopté une nouvelle feuille de route en faveur d’une coopération et d’un partenariat stratégique garantissant le renforcement de la sécurité hydrique et des capacités à gagner les défis communs (…), il a été décidé la création d’un mécanisme de concertation, implanté à Alger, sur les eaux souterraines communes à nos trois pays, situées dans le nord du Sahara», désigné sous l’appellation ‘’Système Aquifère du Sahara septentrional (SASS)’’». Dans ce contexte, Taha Derbal, dans son allocution d’ouverture lors de cette cérémonie, a indiqué que «la création de ce mécanisme de concertation constitue une nouvelle page prometteuse dans le processus de concertation et de coopération entre les trois pays, et ce, dans un domaine particulièrement vital qu’est celui des ressources hydriques». «Elle traduit, a-t-il ajouté, la volonté de nos trois pays à approfondir la connaissance réelle de nos ressources hydriques souterraines qui se trouvent dans le Sahara septentrional et de renforcer la coordination et l’échange de données et d’informations la concernant». En outre, a-t-il poursuivi, «la signature de cet accord vient encadrer le travail de ce mécanisme de concertation tout en lui attribuant un siège permanent, ce qui reflète de la volonté de mon pays à assurer toutes les conditions nécessaires lui permettant d’activer en toute aise dans un cadre réglementaire clair et bien défini au profit des intérêts des trois pays tout en consacrant  la souveraineté de chacun d’entre eux sur ses ressources hydriques souterraines». Pour conclure, Taha Derbal a assuré ses homologues quant à sa disponibilité à «demeurer ouvert à tous les avis et remarques et autres suggestions, ainsi qu’à toute autre proposition de coopération dans l’ensemble des domaines en relation avec les ressources hydriques».
De leur côté, les ministres libyen et tunisien ont souligné «la grande importance de cet accord». «Un pas important, a dit le ministre tunisien, témoignant de notre volonté forte et sérieuse d’opérer un travail commun dans l’objectif de préserver cette ressource pour les générations futures et d’assurer un avenir meilleur à notre région». Et d’appeler ainsi à «la mise en œuvre, dans les meilleurs délais, de ce mécanisme». Quant au Chargé du ministère de l’Hydraulique du gouvernement de l’Union nationale libyenne, saluant la création de ce mécanisme de consultation, a indiqué que son pays aspire à renforcer la coopération entre les pays du Maghreb partageant cet espace hydrique. Aussi, soulignant la nécessité de la coopération technique en la matière entre les trois pays, il a fait part de l’engagement de son pays tant pour la réussite de ce mécanisme et la préservation des ressources hydriques communes que pour l’élargissement des domaines de coopération entre les pays du Maghreb. Pour rappel, dans le communiqué final du «Sommet de Tunis» ayant clôturé les travaux de la première réunion consultative regroupant les dirigeants de l’Algérie, de la Tunisie et de la Libye, les Présidents Abdelmadjid Tebboune, Kaïs Saïed et Mohamed Younes El-Menfi ont mis en avant «leur pleine disponibilité à s’ouvrir à toute volonté politique sincère et crédible qui partage les mêmes priorités communes constructives pour promouvoir et enrichir cette action collective commune et approfondir l’entente et la coopération au service de la sécurité, de la stabilité et du développement dans la région». Dans ce sens, ils ont insisté sur la nécessité d’«étendre cette concertation et cette coordination au-delà des dossiers politiques, à tous les domaines du développement socio-économique au profit des peuples des trois pays, en vue de réaliser leurs aspirations légitimes à la stabilité, la prospérité et l’intégration». C’est pourquoi les trois hommes ont convenu de «créer un groupe de travail conjoint, chargé d’élaborer des mécanismes permettant de mettre en place des projets et des investissements conjoints d’envergure dans des domaines et secteurs prioritaires, tels que la production de céréales et de fourrage et le dessalement de l’eau de mer, ainsi que d’autres projets et programmes de coopération visant à assurer la sécurité hydrique et alimentaire des trois pays».

C’est quoi le SASS
S’étendant sur un espace d’un million de km2 dont près de 70 % se trouvent en Algérie, 30 % en Libye et un peu moins de 10 % en Tunisie, le Système aquifère du Sahara septentrional (SASS), renfermant des réserves en eau considérables estimées à 40 000 milliards de m3, est partagé entre l’Algérie, la Tunisie et la Libye. Seuls 2,7 milliards de m3/an de ses ressources sont exploités annuellement. Le SASS désigne la superposition de deux principales couches aquifères profondes, à savoir la formation du Continental Intercalaire -Albien-, la plus profonde, et celle du Complexe Terminal, un peu moins profonde. Ainsi, la problématique du SASS est celle de la meilleure utilisation possible de ce réservoir d’eau dans une optique de durabilité, sachant qu’un certain nombre de problèmes se posent de plus en plus sérieusement notamment sous l’effet du pompage, le risque d’accroissement de la salinité de l’eau est grand et aussi en raison du niveau de l’eau en baisse régulièrement et son coût qui augmente
L. N.

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