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mardi 16 août 2022

«Aïzer, un enfant dans la guerre»: Le romancier Mohamed Sari revient sur les dernières années de la Révolution et les premiers jours de l’indépendance

Dans son dernier ouvrage «Aïzer, un enfant dans la guerre», publié en langue arabe, le romancier Mohamed Sari présente, à travers un récit autobiographique, une vision historique de la ville de Cherchell durant les dernières années de la guerre de Libération nationale et les premiers jours de l’indépendance, braquant les projecteurs sur une des plus importantes étapes de transition dans l’histoire de l’Algérie contemporaine.

Par Racim C.

Dans cet ouvrage de 365 pages, paru récemment aux éditions égyptiennes «El Aïn», l’auteur revient sur son enfance dans un village rural sur les hauteurs de Cherchell à Tipasa, dans la région d’Aïzer, durant les dernières années de la Révolution et les premiers jours de l’indépendance, mobilisant ses réminiscences des événements les plus marquants de sa vie.
Il raconte comment sa famille a été chassée de ses terres et condamnée à l’exode par la France coloniale, qui a bombardé son village au napalm en plein hiver, forçant toute la population, vieillards, femmes, enfants et nourrissons, à fuir en traversant l’oued Aïzer en furie. Un épisode qu’il évoque comme le souvenir le plus funeste qu’il garde des dernières années de la Révolution. De ce tragique événement, il rapporte le témoignage de sa mère qui lui raconte que «c’était la traversée d’Aïzer la plus terrifiante de toute ma vie. Je suis persuadée que ton petit frère, Rachid, que je portais sur mon dos, est mort de froid».
Puisant dans ses propres souvenirs d’enfance et évoquant ceux de ses parents, l’auteur décrit la violence, les camps, l’implacable répression de l’armée française et la torture qui étaient le lot quotidien de la population rurale à Cherchell, mais aussi dans les autres régions d’Algérie.
L’écrivain raconte aussi la misère des Algériens en rapportant les propos de sa mère qui lui confie : «Mes mots ne sauraient décrire la misère et l’injustice infligées par la France coloniale, encore moins ce sentiment d’humiliation qui a rabattu notre orgueil au moment où nous ramassions nos effets sans savoir quelle serait notre destination. Nous étions sans toit et vivions dans une extrême pauvreté». Cependant, la foi en Dieu et cette volonté féroce de libérer l’âme et la patrie ont toujours primé. «Nos enfants ne seront pas des serfs chez les colons (…) ils iront à
l’école et en sortiront diplômés pour être enseignants, ingénieurs, médecins et cadres. Il n’y aura ni riches ni pauvres, nous mettrons fin à l’injustice, à l’exploitation et à la misère. Les Algériens ne resteront pas en proie à la pauvreté et au dénuement», rapporte l’auteur, citant un médecin algérien incarcéré.
Il évoque également les derniers jours des colons français et les victoires éclatantes remportées par les moudjahidine à Cherchell et dans d’autres régions, notamment dans les zones rurales. «Ce furent des journées inoubliables. Les mots ne sauraient suffire pour décrire notre joie et celle de la population qui nous a accueillis comme des héros, sur fond de youyous qui fusaient de toutes parts, remplissant les cœurs de joie et les yeux de larmes. Nous n’avions jamais vécu une joie aussi intense», rapporte-t-il, citant des moudjahidine.
L’auteur conclut son œuvre en décrivant cette joie indescriptible des Cherchéliens et de l’ensemble des Algériens ce 5 juillet 1962, jour de l’indépendance.
Dans son roman, l’écrivain présente une approche critique sur des comportements négatifs qui se sont répandus dès les premiers mois de l’indépendance.
«Le temps est à l’indépendance et à la liberté. L’Algérie, qui a été libérée par tous, est désormais la propriété de tous. Tout citoyen, où qu’il réside, a le droit de s’installer dans la ville de son choix. Personne ne peut l’en empêcher, comme ce fut le cas au temps du colonialisme», a-t-il soutenu.
Dans ce roman publié en français aux éditions Barzakh, on retrouve la célébration de la ville cosmopolite de Cherchell, son histoire, la beauté de ses reliefs, la diversité de ses habitants ainsi que de ses campagnes environnantes.
Le roman pourrait paraître différent du reste des œuvres de Sari, sauf que l’écrivain a préservé, comme à son accoutumée, l’esthétique littéraire en termes d’imagination et de récit. Et comme le texte se veut des toiles qui reflètent l’Algérie de l’époque, l’écrivain a eu recours à la description basée sur la remémoration des souvenirs, appuyée parfois par les dialogues, ainsi que sur plusieurs scènes dramatiques relatives à la souffrance des Algériens.
Né en 1958, le romancier, l’académicien, le traducteur et le critique littéraire Mohamed Sari a publié plusieurs romans en arabe, dont «Sur les montagnes de Dahra» (1983), «La tumeur» (2002) et «El Kilaâ El Mouta’akila» (2013) et en français, «Le labyrinthe» (2000). Il a traduit également de nombreuses œuvres du français vers l’arabe de célèbres romanciers algériens.
Sari qui enseigne la littérature arabe à l’Université Alger 2, a publié plusieurs ouvrages académiques de critique, dont «A la recherche d’une nouvelle critique littéraire» (1984), «Les peines de l’écriture» (2007) et «Essais sur la pensée, la littérature et la critique» (2013).
R. C.

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