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vendredi 17 septembre 2021

Afghanistan: Reprise des vols commerciaux, un pas vers la normalisation

Les taliban continuent d’asseoir leur pouvoir en Afghanistan et d’aller vers la normalisation économique, avec la reprise attendue des vols commerciaux vers Kaboul, 20 ans après les attentats du 11 septembre qui avaient entraîné la chute des islamistes.

Par Mourad M.

Ces attaques, perpétrées par Al Qaïda, ont changé l’histoire de l’Afghanistan. Washington a décidé dans la foulée d’envahir le pays pour chasser du pouvoir les taliban, coupables aux yeux de Washington d’avoir hébergé des cadres d’Al Qaïda.
Une parenthèse pro-occidentale de deux décennies, refermée le 15 août dernier avec le retour des talibans au pouvoir à la faveur du retrait militaire américain.
«C’est un jour pour l’Amérique, pas pour l’Afghanistan», a déclaré à l’AFP, Muhammad Alzoad, un employé de banque. Pour lui, le 11 septembre «n’avait rien à voir avec l’Afghanistan, mais ça nous a fait souffrir».
Un pas vers la normalisation économique a été franchi samedi avec l’annonce par la compagnie nationale pakistanaise PIA de la reprise aujourd’hui de ses vols commerciaux d’Islamabad à Kaboul, interrompus juste après le 15 août.
«A ce stade, nous avons reçu 73 demandes» de passagers intéressés, «ce qui est très encourageant», a indiqué à l’AFP, un porte-parole de la compagnie pakistanaise, précisant avoir de nombreuses demandes d’ONG humanitaires et de journalistes souhaitant se rendre à Kaboul.
Un premier vol passager international d’évacuation, non commercial, avait décollé de Kaboul vers le Qatar jeudi, suivi d’un autre vendredi, avec à son bord, 158 passagers, dont des Américains, des Allemands, des Canadiens, des Français, des Néerlandais, des Belges et des Mauriciens.
Fin août, l’aéroport de Kaboul avait été le théâtre de scènes de chaos avec des milliers d’Afghans, effrayés par le retour des taliban ou en quête d’une vie meilleure à l’étranger, tentant désespérément de monter à bord du gigantesque pont aérien organisé, entre autres, par les Etats-Unis.
Au total, plus de 123 000 personnes, principalement afghanes, avaient pu être évacuées dans le cadre de ce processus marqué le 26 août par un attentat meurtrier (plus de 100 morts) revendiqué par la branche locale de l’État islamique (EI).
Le président américain, Joe Biden, a de nouveau défendu samedi sa décision de se retirer de l’Afghanistan.
«Est-ce que Al Qaïda pourrait revenir ? Oui, mais je vais vous le dire, ils sont déjà de retour dans d’autres endroits», a-t-il dit. «Quelle est la stratégie ? Nous devons envahir tous les endroits où se trouve Al Qaïda et y laisser nos troupes ? Soyons sérieux !», a ajouté le président.
Son prédécesseur à la Maison-Blanche, Donald Trump, a pour sa part dénoncé «l’horrible» retrait américain et «l’incompétence» de Joe Biden dans sa gestion de la fin de la plus longue guerre des Etats-Unis.
Plus de trois semaines après leur retour au pouvoir, les taliban ont commencé cette semaine à dévoiler leurs cartes en présentant, notamment leur nouveau gouvernement, mené par nom-bre de caciques rigoristes de leur premier règne (1996-2001). Composé exclusivement de membres du mouvement islamiste, il est dépourvu de femmes.
Par rapport aux années 1990, les islamistes ont fait des pas en avant, comme autoriser les femmes à étudier à l’université. Mais ils ont pour cela fixé des règles strictes. Elles seront ainsi «tenues de porter le hijab et le niqab ainsi que de suivre les cours en classe non mixte ou séparées des étudiants».
Le nouveau régime a également indiqué que les femmes ne seraient pas autorisées à pratiquer le cricket, et plus largement du sport.
Ces mesures ont suscité l’inquiétude d’une partie de la population et de la communauté internationale qui gardent en mémoire la brutalité de leur régime des années 1990.Plusieurs manifestations de femmes, qui réclament notamment le droit de pouvoir travailler à l’extérieur, et d’opposants au régime ont eu lieu ces derniers jours à Kaboul et dans d’autres grandes villes du pays. Les taliban les ont dispersées, parfois brutalement.
Le pouvoir islamiste a, en revanche, reçu samedi le soutien de quelque 300 femmes, entièrement voilées, qui se sont rassemblées dans une université de Kaboul.Les images sont saisissantes: un amphithéâtre rempli de femmes souvent en niqab noir, et agitant les drapeaux blancs de l’Emirat islamique d’Afghanistan (le régime des taliban) en écoutant les oratrices venues défen-dre les mesures du nouveau régime. Ces dernières, qui se sont succédé sur l’estrade, ont tancé les femmes descendues dans les rues ces derniers jours dans le pays pour réclamer le respect de leurs droits.«Celles qui ne portent pas le hijab nous font du mal, à nous toutes», a estimé auprès de l’AFP, une étudiante, Shabana Omari.
Une autre oratrice, Somaiya, a, elle, estimé que les choses avaient changé, en bien, depuis le retour des taliban : «Les femmes seront en sécurité. Nous soutenons de toutes nos forces notre gouvernement».
Vendredi, l’Unesco avait alerté sur les risques d’une «catastrophe générationnelle» en matière d’éducation en Afghanistan qui pourrait affecter le développement du pays «pour des années», jugeant les immenses progrès accomplis depuis 2001 en danger avec les taliban.
M. M.

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