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dimanche 14 août 2022

Afghanistan : Le Président Ghani jure de remobiliser l’armée contre les talibans

Le président afghan, Ashraf Ghani, a promis, hier, de poursuivre le combat contre les talibans, qui continuent à se rapprocher de la capitale, presque encerclée et où les habitants ne cachent pas leur angoisse de l’avenir.

Par Mourad M.
«La remobilisation de nos forces de sécurité et de défense est notre priorité numéro un et d’importantes mesures sont prises à cet effet», a déclaré M. Ghani dans une adresse télévisée à la Nation. Il n’a fait aucune allusion à une possible démission, réclamée par certains, mais a précisé avoir commencé des «consultations» au sein du gouvernement, avec des responsables politiques et les partenaires internationaux, pour trouver «une solution politique dans laquelle la paix et la stabilité soient préservées». «Ces consultations avancent rapidement et nous ferons part de leur résultat à nos compatriotes très vite», a-t-il ajouté. La situation militaire est critique pour le pouvoir en place. En à peine plus d’une semaine, les talibans ont pris le contrôle de presque tout le nord, l’ouest et le sud de l’Afghanistan et sont arrivés aux portes de Kaboul. Ils ne sont plus qu’à 50 km de la capitale et ne montrent aucun signe de vouloir ralentir leur marche. Hier, ils ont pris la province de Kunar, dans l’est du pays, et pourraient bientôt approcher de Kaboul par le nord, le sud et l’est. De violents combats ont aussi eu lieu autour de Mazar-i-Sharif, capitale de la province de Balkh, où l’armée afghane a mené de nouvelles frappes aériennes. Ce carrefour commercial est la seule grande ville du nord du pays dont les talibans n’ont pas encore pris le contrôle. Outre Kaboul et Mazar-i-Sharif, Jalalabad (est), Gardez et Khost (sud-est) sont les seules autres grandes villes encore contrôlées par le gouvernement. Chez les habitants de Kaboul et les dizaines de milliers de personnes qui ont fui leur foyer ces dernières semaines pour se réfugier dans la capitale, la peur prédomine. «Je pleure jour et nuit quand je vois que les talibans forcent des jeunes filles à épouser leurs combattants», a confié à l’AFP Muzhda, 35 ans, une femme célibataire arrivée dans la capitale avec ses deux sœurs, après avoir quitté la province de Parwan, un peu plus au nord. «J’ai refusé des propositions de mariage par le passé (…) Si les talibans viennent et me forcent à les épouser, je me suiciderai», prévient-elle. Dawood Hotak, 28 ans, un commerçant de Kaboul, est aussi «inquiet pour l’avenir de ses jeunes sœurs» et «ne sait pas ce qui va leur arriver». «Si la situation devient vraiment mauvaise, nous quitterons l’Afghanistan une nouvelle fois, comme nous l’avons fait au début des années 1990», assure-t-il. Les rues de la capitale étaient normalement animées hier, mais de longues queues pouvaient aussi être observées à la sortie des banques, et certains hommes ont indiqué à l’AFP avoir commencé se laisser pousser la barbe, en prévision d’une arrivée prochaine des talibans dans la ville. Beaucoup d’Afghans – les femmes en particulier –, habitués à la liberté qu’ils ont connue ces 20 dernières années, craignent un retour au pouvoir des talibans. Lorsqu’ils dirigeaient le pays, entre 1996 et 2001, avant d’être chassés du pouvoir par une coalition internationale dirigée par les États-Unis, les talibans avaient imposé leur version ultra-rigoriste de la loi islamique. Les femmes avaient interdiction de sortir sans un chaperon masculin et de travailler, et les filles d’aller à l’école. Les femmes accusées de crimes comme l’adultère étaient fouettées et lapidées. «Il est particulièrement horrifiant et déchirant de voir que les droits durement acquis par les filles et les femmes afghanes sont en train de leur être enlevés», a déclaré, vendredi, le secrétaire général des Nations unies, Antonio Guterres. Un ballet d’hélicoptères zébrait hier le ciel de Kaboul, entre l’aéroport et l’ambassade américaine, un gigantesque complexe situé dans la «zone verte» ultra-fortifiée, au centre de la capitale. Un premier contingent de US Marines est arrivé dans la capitale où il aura pour rôle de sécuriser les évacuations du personnel diplomatique, ainsi que d’Afghans ayant travaillé pour les États-Unis et craignant des représailles des talibans. Les États-Unis entendent évacuer des «milliers de personnes par jour» et pour cela le Pentagone va déployer avant la fin du week-end 3 000 soldats à l’aéroport de la capitale, a précisé, vendredi, son porte-parole, John Kirby. L’ambassade des États-Unis à Kaboul a ordonné à son personnel de détruire les documents sensibles et symboles américains qui pourraient être utilisés par les talibans «à des fins de propagande».

M. M.

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