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samedi 24 février 2024

Affrontement

Les opposants d’Éric Ciotti craignaient qu’après son arrivée à la tête des Républicains il ne fasse dériver la ligne politique du parti pour se rapprocher de celle du Rassemblement National. D’ailleurs, l’ex-candidat à la candidature de son parti pour la dernière élection présidentielle française avait, à de nombreuses reprises, fait les éloges d’Éric Zemmour pour lequel il assurait d’ailleurs être prêt à voter en cas de second tour entre le candidat de Reconquête ! et Emmanuel Macron. Pourtant, depuis son arrivée à la tête du mouvement de droite, Ciotti s’est montré particulièrement modéré, opérant même un flagrant rapprochement avec le groupe Renaissance au Parlement en vue d’alliances stratégiques, notamment lors de la Réforme des retraites. Mais l’annonce il y a quelques mois par le gouvernement d’une prochaine loi sur l’immigration donne aujourd’hui à Ciotti de nouvelles perspectives et le pousse à revenir sur ses thématiques favorites. C’est ainsi que le président de LR demandera à Emmanuel Macron un référendum sur l’immigration mercredi, lors d’une rencontre du chef de l’État avec les dirigeants des partis, a-t-il annoncé dimanche au Cannet, où il a fustigé «l’indécence» de Gérald Darmanin et réitéré son soutien à Laurent Wauquiez.
«Nous devons redonner sans délai la parole au peuple par le référendum !», a proclamé le numéro un du parti Les Républicains pour sa rentrée politique devant près de 2 000 personnes, dans une salle où il s’était replié en raison des intempéries dans les Alpes-Maritimes. Dans son fief, Ciotti était accompagné par les principaux ténors des Républicains, parmi lesquels Laurent Wauquiez, Bruno Retailleau ou Rachida Dati. Dans un discours très à droite sur le régalien et libéral sur l’économie, Eric Ciotti a dénoncé tour à tour la «débâcle» actuelle des hôpitaux, des écoles, des finances publiques et de «l’ordre républicain», ainsi que les «ravages» de l’immigration. Devant ses partisans, le député a dévoilé les propositions qu’il présentera demain mercredi à Emmanuel Macron, qui a invité tous les partis politiques à une grande réunion afin de travailler à des décisions dépassant les clivages. Il demandera tout d’abord un référendum sur la proposition de loi constitutionnelle sur l’immigration déposée par son parti au printemps. Le patron de la droite demandera aussi le renforcement de la sécurité et de la justice, la suppression de tous les «droits pour les clandestins», l’uniforme obligatoire à l’école et au collège, la suppression des allocations pour «les parents ayant manqué à leurs devoirs». Concurrencé par la rentrée politique simultanée du ministre de l’Intérieur Gérald Darmanin à Roubaix, qui ne cache plus ses ambitions pour 2027, Ciotti a taclé sans le citer l’ex-LR, adoubé par Nicolas Sarkozy. «Avant de songer à la succession, qu’ils songent à gouverner !», a-t-il déclaré, voyant dans «les divisions et les querelles d’ambitions qui agitent le gouvernement (…) une forme d’indécence face à la gravité du moment». Dans une réponse à peine voilée à Sarkozy qui a émis des doutes sur la stratégie de Laurent Wauquiez, Ciotti a réitéré son soutien au président d’Auvergne-Rhône-Alpes. «L’espérance, cher Laurent, je le redis, avec force, tu l’incarnes par ton talent, ta vision et ton courage», a-t-il assuré. Ciotti semble ainsi contrarié de voir le possible candidat de Renaissance en 2027 se servir de thématiques que Wauquiez et LR veulent brandir pour la prochaine élection présidentielle. Mais c’est oublier qu’il a lui-même emprunté l’idée d’un référendum sur l’immigration à Marine Le Pen qui réclame un vote national depuis de longues années sur le sujet. L’affrontement entre Darmanin et Les Républicains ne fait ainsi que commencer, et pourrait dans les années qui viennent faire barrage à une alliance dont la droite a besoin pour l’aider à garder de la pertinence sur la scène politique.

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