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vendredi 9 décembre 2022

Adversaire

Serge et Beate Klarsfeld, les « chasseurs de nazis » qui ont traqué des dizaines de SS et de proches de Adolphe Hitler cachés aux quatre coins du monde durant des décennies, sont également connu pour leur combat féroce contre le Front National en France et plus particulièrement pour leur haine à l’égard de son fondateur, Jean-Marie Le Pen. Mais de l’eau est visiblement passée sous les ponts, les Klarsfeld ayant acceptés il y a quelques jours une médaille des mains même du maire de Perpignan, Louis Aliot, qui se bat aujourd’hui pour prendre la présidence du Rassemblement National. Critiqué par de nombreux opposants du RN, le cofondateur de l’association des « Fils et filles de déportés juifs de France », a déclaré avoir accepté la médaille de la ville de Perpignan en raison de « l’évolution » du parcours du maire de cette commune. Cette remise de médaille de la ville par Louis Aliot, le 13 octobre, avait suscité la polémique et une lettre ouverte dans Libération par les historiens Denis Peschanski et Renée Poznanski, qui qualifiait cet épisode de « triste et grave ». Disant comprendre la polémique, l’historien et avocat de 87 ans, figure de la mémoire de la Shoah, a affirmé sur France Inter tenir « compte aussi de l’intérêt général ». « Lorsque je vois dans une droite extrême une évolution, quand je vois des gens qui se rallient à nos valeurs, qui condamnent, comme Louis Aliot l’a fait, la rafle du Vél’ d’Hiv […], qui respectent la mémoire de la Shoah […], quand je vois qu’il s’oppose au grand remplacement et à la ligne identitaire des purs et durs du RN, eh bien, je ne peux que le constater », a-t-il affirmé. « L’ADN de tout parti d’extrême droite, c’est l’antisémitisme. Or, je vois qu’il y a une évolution chez certains et je pousse à cette évolution pacifique », a-t-il poursuivi. Il a dit préférer que « la droite extrême se droitise, évolue vers le camp républicain plutôt que de voir la droite passer du côté de l’extrême droite ». Louis Aliot est « conservateur, il est réactionnaire, certainement », a ajouté Serge Klarsfeld, assurant qu’il continuerait à « s’opposer à un mouvement qui sera conservateur et réactionnaire ». « Ce que je veux dire aujourd’hui tout simplement, c’est qu’il était un ennemi politique, aujourd’hui, il devient un adversaire […], donc, il y a une évolution », a poursuivi Serge Klarsfeld. Il n’est « pas allé à Perpignan pour voir Louis Aliot », mais pour décorer de la Légion d’honneur le représentant de son association à Perpignan, a-t-il ajouté. « Le maire était là pour cette cérémonie et il nous a proposé la médaille d’honneur de Perpignan. » Les opposants du RN qui craignent surtout que le parti puisse accéder au pouvoir en 2027 sont ainsi particulièrement embarrassés de voir l’une des plus grandes figures antifascistes française admettre que le RN d’aujourd’hui n’a plus rien à voir avec le FN d’il y a quarante ans et que l’évolution politique du mouvement représenté par Marine Le Pen a la dernière présidentielle semble bien réelle. Les tenants du barrage républicain ne peuvent que souhaiter que l’exemple de Klarsfeld ne s’étende pas à d’autres personnalités emblématiques et surtout pas à la portion de la population séduite par les idées et thématiques nationalistes mais qui n’ose pas encore glisser un bulletin RN dans les urnes.

 

Fouzia Mahmoudi

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