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jeudi 23 mai 2024

A courir deux lièvres à la fois…

Au 200e jour de la guerre d’Israël contre Ghaza, des responsables militaires américains ont confié au New York Times qu’Israël non seulement n’avait encore réalisé aucun des buts qu’il s’était fixés, mais que très probablement il était dans l’incapacité de jamais les réaliser. Sans doute n’est-ce pas la première fois que de hauts gradés du Pentagone, toujours sous couvert de l’anonymat, disent qu’à leur avis Israël a déjà perdu la guerre, et qu’il aurait par suite intérêt à la terminer dès à présent ; toutefois, jamais ils n’ont été aussi affirmatifs que cette fois-ci. Sept mois de guerre, ou quasiment, c’est un intervalle de temps probant pour tirer un premier bilan d’une guerre qu’Israël a menée chaque jour et chaque instant comme si c’était son existence même qui en dépendait. De là d’ailleurs la sauvagerie dont il a fait montre depuis le début, que rien n’est parvenu, pas même les mises en garde de ses meilleurs alliés, et parfois leurs menaces, à lui faire abandonner. Israël, ont dit les dernières personnes à se confier au journal new-yorkais, ni n’était venu à bout du Hamas, ni n’y parviendrait à l’avenir. Pour autant, ils se gardent d’en tirer la conclusion que donc il a déjà perdu la guerre. On comprend d’ailleurs pourquoi ils ne vont pas jusque-là.

C’est que ce n’est pas à eux, des militaires, de franchir ce pas, mais aux politiques détenteurs du pouvoir, à qui il appartient de poursuivre une guerre ou de la terminer. Or les politiques, eux, viennent de voter une nouvelle et importante aide financière à Israël, c’est-à-dire pour la poursuite de la guerre. Serait-ce donc que pour eux celle-ci reste gagnable, bien qu’elle soit déjà longue, la plus longue qu’Israël a eu à mener, et que ses objectifs soient loin d’être atteints ? La réalité, c’est qu’en cette matière l’administration Biden ne sait plus à quel saint se vouer. D’un côté elle finance la guerre, et de l’autre elle songe à prendre des sanctions contre des unités israéliennes, coupables à ses yeux de crimes contre les Palestiniens, tant à Ghaza qu’en Cisjordanie, elle qui déjà en avait pris contre des colons de Cisjordanie. Pour elle cette guerre à Ghaza est d’autant plus mal venue qu’elle en mène déjà une elle-même à l’intérieur des Etats-Unis, non moins existentielle pour elle que la première pour Israël. Joe Biden agit depuis un certain temps comme s’il était pris de schizophrénie. Il fait pression sur les congressistes de son bord pour faire voter les nouveaux crédits à Israël, mais il n’a pas plus tôt obtenu satisfaction sur ce point qu’il s’affiche à l’intérieur du Bureau ovale avec des parlementaires démocrates réputés pour leur opposition à cette même guerre dont lui-même est un fervent partisan. Son alignement sur Israël menace de lui faire perdre sa réélection, un désastre dont probablement ni lui-même ni les démocrates dans leur ensemble ne se relèveraient jamais s’il se produisait. Jusque-là il pense mener de front ces deux guerres, et à la fin les remporter toutes les deux. C’est que celle dont dépend sa propre existence politique et celle de son camp n’est pas pour demain, mais dans six mois. Il croit disposer encore d’une marge de temps et de manœuvre suffisante pour ne pas avoir à se battre simultanément sur deux fronts. Les militaires ayant fait part de leur scepticisme au New York Times ces dernières heures sur le déroulement de la guerre d’Israël semblent avoir eu pour objectif justement de le détromper à cet égard, de lui dessiller les yeux, en lui suggérant que celle-là du moins est déjà perdue, et que plus tôt il l’admettra, mieux il conservera ses chances de sortir vainqueur de l’autre.

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