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samedi 3 décembre 2022

Tuée parce qu’américaine

Sous la pression d’une partie de l’opinion non pas seulement américaine mais mondiale, de la famille de la journaliste américano-palestinienne Shireen Abou Akleh, assassinée par un ou des snipers israéliens à Jénine en Cisjordanie le 12 mai de cette année, mais plus encore de celle plusieurs congressistes américains emmenés par l’influent sénateur du Vermont Patrick Leahy, alors le plus ancien membre du Sénat, le FBI s’est décidé à ouvrir sa propre enquête sur ce qui à l’évidence est un crime. L’annonce n’en a pas été plus tôt faite, il y a de cela moins d’une semaine, que le gouvernement israélien faisait savoir que non seulement il ne coopérerait pas à cette enquête mais qu’il ne permettrait à personne, pas même aux meilleurs amis d’Israël, d’interroger ses soldats sur quelque sujet que ce soit. Comme la personnalité américaine à l’origine de ce sursaut tardif du FBI, Patrick Leahy, n’est plus sénateur, ayant choisi de ne pas briguer un autre mandat lors des dernières élections, il se pourrait bien que ce refus catégorique d’Israël soit le dernier mot dans cette affaire, que l’enquête du FBI soit enterrée avant de commencer. Nous disions crime, et qu’il ne faisait aucun doute. Mais de quel crime s’agit-il précisément ? L’armée israélienne n’étant pas à sa première liquidation physique de Palestiniens, la question se pose de savoir quelle est la spécificité de celle dont il s’agit ici.

Shireen Abou Akleh a-t-elle été tuée parce qu’elle était palestinienne, parce qu’elle était journaliste, parce qu’elle était les deux à la fois, ou parce qu’étant les deux, elle était en plus américaine ? La question se pose, car selon toute vraisemblance les Américains n’auraient pas ouvert une enquête si la victime n’était pas américaine. De sorte qu’il faut se demander si celle-ci n’était pas morte pour avoir été tout cela en même temps, c’est-à-dire à la fois journaliste, palestinienne et américaine. Un seul de ses trois éléments aurait manqué à son équation personnelle, elle serait probablement encore en vie aujourd’hui. Avant que son tour ne vienne, la liste des journalistes palestiniens tombés sous les balles de l’armée israélienne était déjà longue. N’empêche, parce qu’elle est américaine, en plus d’être palestinienne, son cas est forcément à part. Ceux qui en Israël ont donné l’ordre de
l’abattre l’ont choisie moins parce quelle était palestinienne que parce qu’elle était américaine. Autrement dit, ce qu’ils ont tué en elle, ce n’est moins la Palestinienne que l’Américaine. Ceux des Américains qui ont exigé et revendiqué une enquête ne peuvent pas n’avoir eu un tel soupçon. L’enquête en question a de leur point de vue pour premier objectif de tirer cela au clair, même si pour nombre d’entre eux Israël ne doit plus continuer de commettre ses crimes contre les Palestiniens sans avoir à en subir la moindre conséquence. Leur conscience a parlé, et cette fois-ci de façon à être écoutée. Il n’en reste pas moins que c’est sous le coup d’un crime commis à l’encontre d’une compatriote qu’ils sont passés à l’action, en forçant l’administration Biden, qui était déjà en train de fermer le dossier, d’ouvrir une enquête américaine, de ne pas se contenter de ce qu’en disent les Israéliens, qui ont changé de version à mesure que l’opinion en apprenait davantage sur les circonstances entourant l’assassinat.

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