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Alger
vendredi 1 juillet 2022

Avec la dissolution du Conseil supérieur de la magistrature, annoncée par le président Kaïs Saïed hier dimanche dans la nuit, une décision du reste parfaitement prévisible, ayant été précédée par de multiples signes avant-coureurs, on peut dire qu’il ne reste plus rien au plan institutionnel du changement intervenu en Tunisie en 2011. Ne demeure, au plan politique, de la décennie qui s’en est suivie que les partis, au premier chef Ennahdha, mais pour encore combien de temps, notamment pour cette dernière, dont on se demande, au vu des revers qu’elle subit depuis le 25 juillet de l’année dernière, si elle a encore un avenir ? Ce même dimanche une manifestation était prévue, à laquelle devait prendre part l’UGTT, dont l’objet était à la fois d’appeler à traduire en justice les personnes impliquées dans les actes de terrorisme, et à rendre hommage à Chokri Bélaid et Mohamed Brahmi, les deux leaders de la gauche tunisienne assassinés en 2013. Beaucoup en Tunisie sont convaincus que les islamistes, appartenant ou non à Ennahdha, ne sont pas étrangers à ce qui ressemble beaucoup à des liquidations physiques d’adversaires politiques. Au nombre de ceux-là, le président tunisien lui-même, encore qu’il se garde de porter à cet égard des accusations directes.

Il n’en reste pas moins qu’entre autres reproches qu’il fait au Conseil de la magistrature, en plus de favoriser la corruption dans son domaine de compétence, il y a celui d’obstruction au cours de la justice dans ces deux affaires emblématiques. Face à la détermination affirmée du président Saïed de lui enlever une à une ses positions fortes dans l’Etat, Ennahdha n’a qu’un seul recours : la rue, que précisément elle se montre incapable de mobiliser. Sa dernière tentative en ce sens, ce fut le 14 janvier dernier, fête de la révolution de 2011, en tout cas pour elle et ses alliés, Saïed ayant opté pour un autre jour de célébration. Ce jour n’a pas vu une foule impressionnante répondre à son appel, il s’en faut. On pouvait dès ce moment prédire que ses jours étaient de ce fait comptés. La seule chose à même d’arrêter le couperet de s’abattre sur elle, en effet, c’est la mobilisation populaire, au rendez-vous chaque fois qu’elle la sollicite. Comme c’est le contraire qui s’est produit depuis le 25 juillet de l’année dernière, lorsque le Parlement a été suspendu et le gouvernement renvoyé, on voit mal quel avenir autre que la dissolution est le sien. Ce qu’Ennahdha a contre elle ne se trouve pas qu’en Tunisie, incarné par le président Saïed et sa large base populaire. Il est au pouvoir dans tous les Etats de la région, dont aucun ne veut d’un parti islamiste à visée hégémonique comme elle. L’action du président tunisien est appuyée non seulement par les pays voisins mais par les grandes puissances. Ennahdha est arrivée au pouvoir trop tard, alors que le monde était en train de changer. Une décennie plus tard, elle est devenue un anachronisme, une survivance d’une période révolue. La question qui se pose à son propos, ce n’est pas si elle sera dissoute, c’est quand le sera-t-elle. Le couperet s’abattra-t-il sur elle avant les législatives à la fin de cette année, ou avant cela ? Dans les deux cas, son espérance de vie de toute évidence se mesure en mois plutôt qu’en années. Une autodissolution épargnera aux siens biens des désagréments, une issue que selon toute apparence elle est encore loin d’envisager.

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