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mardi 16 août 2022

11 DECEMBRE 1960 A MOSTAGANEM : Tigditt a gravé sa page d’histoire par des sacrifices

La mémoire révolutionnaire  de Mostaganem  est jalonnée de dates de tragédies qui font la trame d’une lutte héroïque contre un colonialisme sanguinaire. À l’instar des autres territoires du pays, à Mostaganem, le 11 décembre 1960 fut une journée de contestations, de répression, de drames et de sang versé. Ce soulèvement  populaire n’a donné  prise à aucun marchandage. Démarrées d’Ouest en Est du pays, les foules démontreront au monde entier, ce dimanche 11 décembre 1960, le déni de l’image coloniale et les tueries qui en sont la pratique. À Mostaganem, cette matinée voit, très tôt ,  la masse de gens anonymes émerger du quartier populaire de Tigditt. Compacte, peu bruyante, avec un pas rapide et sûr, elle remonte Qadousse el meddah, la grande et unique voie qui relie Tigditt au centre de la ville en longeant l’oued Ain Sefra. La foule avance et débouche sur la place Gambetta, à l’orée du quartier habité par les Français. Aussitôt les forces colonialistes se lancent dans une chasse féroce et sans vergogne sur ces ouvriers sans travail, ces paysans sans terre, ces citadins sans espoir et ces enfants sans avenir. La veille  aammi Benali Senouci, un père tranquille a été tué avec son compagnon dans leur atelier à Pépinière. L’enterrement est décidé pour le lendemain 11 décembre. Le cortège traverse Souiqa et emprunte Tariq ezzeft, actuelle Rue Meskine Fellouh qui mène au cimetière de Diar el Hana. Arrivée entre les abattoirs et l’usine de caroube, la procession passe devant un poste de l’armée dont la guérite domine la voie. Subitement un coup de feu suivi de plusieurs autres sèment la panique dans le cortège. C’est le sauve qui peut : certains remontent la rue et contournent l’autre cimetière, celui de Souiqa, et débouchent sur cette place, c’est l’émoi. « Ce jour-là, un dimanche, est mort mon coiffeur, je l’ai pleuré et depuis je ne cesse de changer de coiffeur, ce jour-là est mort un homme ordinaire et aimé de tous. Il rendait beaucoup de menus services à tous : circoncision pour les démunis, coiffure, coup de main et même il parlait à certains pour leur remonter le moral. C’était un homme simple mais si complet, un être humain qui a été tiré de dos, par une guérite en uniforme anonyme et folle de haine et de peur, alors qu’il essayait de raisonner de jeunes fougueux. Il était très blanc de peau avec une moustache blanche taillée et une calvitie naissante, toujours souriant et éternellement calme, il s’appelait Mohamed Belaroussi et tenait boutique au bout de la rue 61 à quelques mètres de la voie qui descend vers la mer en longeant Diar el Hana ». L’assasinat de Mohamed Belaroussi  engendre une ébullition des jeunes manifestants sur la place centrale nommée  »Souiqa » faisant face à des soldats armés. Ce 11 décembre 1960 , le deuxième assassinat fut celui de Habib  »El Kharbouchi » qui tenait  une table de vente de tripes sur le trottoir de la place. Dans l’agitation massive de la manifestation surgit un half-track militaire. Tels des papillons, ses camarades s’esquivent par les côtés, lui est au centre, il est coincé par le mur de la maison derrière lui, il s’arrête et brandit la table qui lui servait d’étal et qu’il a trainée jusque-là, il ne sait pourquoi. Il croit mettre entre lui et l’engin de fer et de mort un objet pour se protéger mais pense qu’il va recevoir une raclée mémorable. Là contre le mur de cette maison qu’il connait bien, le conducteur du véhicule le voit et sans hésitation écrase la table et Habib qui se tenait derrière. Habib est écrabouillé sur une table explosée. La mort de Aammi Mohamed et Habib  »El Kherbouchi » ont écrit une page du sacrifice au nom de la révolution .Ce 11 décembre 1960, la ville musulmane  »Tigditt » a gravé  une douloureuse page d’histoire pour une Algérie libre et indépendante.

Lotfi Abdelmadjid

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