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LA QUESTION DU JOUR Par  Mohamed Habili 20/08/2018


La fin du libre-échange ?


 D'où viennent les bas salaires des larges masses de travailleurs à travers le monde ? De la faiblesse des syndicats, un trait universel de ses trois dernières décennies, qui a réduit à pas grand-chose le pouvoir de négociation des travailleurs ? Un fait que désormais l'OCDE elle-même reconnait, qui conseille dans son rapport de 2018 sur l'emploi, on ne sait trop d'ailleurs à quel bord, aux gouvernements ou aux patronats, de faire désormais à leur égard le contraire de ce qui a été accompli jusque-là : de les renforcer au lieu de continuer à les affaiblir. Des délocalisations, qui font que les travailleurs d'un pays développé préfèrent des salaires bas plutôt que pas de salaires du tout ? De la mondialisation, qui en instaurant la libre circulation du capital a rendu inefficiente la lutte pour le partage des richesses, et partant la lutte de classes elle-même, dans les frontières d'un seul pays ? De tout cela à la fois ? Oui sans doute. Mais toutes ces notions, désyndicalisation, mondialisation, délocalisations, externalisations, ont été inventées afin que la véritable cause de la paupérisation universelle des travailleurs ainsi que des larges pans des classes moyennes ne soit pas nommée. Ce qui se passe aujourd'hui, on le savait en Angleterre depuis la première moitié du 19e siècle. S'y affrontaient deux tendances majeures : les partisans du libre-échange et les chartistes, les représentants de la gauche de l'époque, qui militaient à la fois contre le libre-échange et pour l'augmentation des salaires.
 

Alors dans le pays de loin le plus industrialisé, le libre-échange se réduisait en fait à la liberté d'importer du blé, pour la bonne raison que le blé étranger était moins cher que celui qui était produit localement. Le choix était donc entre l'abolition des lois sur les grains (Corn Laws) et leur maintien. Les libre-échangistes étaient pour l'abolition, les chartistes majoritairement pour le maintien. Tout le monde était conscient de ce que cela impliquait, ainsi que l'explique Marx dans son «Discours sur le libre-échange» : importer le blé, c'est faire baisser le coût d'entretien d'un travailleur, donc son salaire. Le véritable clivage se situait donc entre ceux qui veulent augmenter les salaires et ceux qui veulent les baisser. Or qu'est-ce que la mondialisation sinon la généralisation du libre-échange ? Ce qui était vrai dans l'Angleterre du 19e siècle reste vrai aujourd'hui. S'il y a une différence, elle est de degré, elle n'est pas de nature. Le libre-échange est dans un pays le plus sûr moyen de faire baisser la part des salaires dans le partage de la richesse nationale.

Il a régné en maître ces dernières décennies. Il a si bien accompli son œuvre de redistribution en faveur des plus riches qu'il ne peut aller plus loin sans que la société se trouve divisée en deux classes seulement : la minorité des très riches, et l'écrasante majorité non pas des pauvres, mais des très pauvres. Ce qui le cas échéant serait et la fin de la société et celle du capitalisme. Dans l'Angleterre d'aujourd'hui, c'est-à-dire les Etats-Unis, cette question est désormais d'une brûlante actualité. Il n'est pas jusqu'au langage en usage au 19e siècle qui ne soit en train de revenir à la mode. C'est ainsi que la sénatrice démocrate du Massachusetts, Elizabeth Warren, la probable concurrente de Donald Trump à la prochaine présidentielle, préconise qu'une charte oblige tout capitaliste à certaines obligations vis-à-vis de la société, dont la première serait de réserver une plus grande place pour les travailleurs dans la direction de l'entreprise. Seul moyen selon elle d'empêcher l'effondrement de leur pouvoir de négociation. L'OCDE prône le renforcement des syndicats, Warren une forme de cogestion. Et Trump la fin du libre-échange lui-même, à travers l'abrogation de la loi sur les délocalisations «Offshoring Act». On voit qui des trois est le plus radical.


 


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