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LA QUESTION DU JOUR Par  Mohamed Habili 17/02/2020


Ennahda en état de choc


 Celui qui s’interroge durement sur les motifs ayant conduit Ennahda à se retirer du gouvernement concocté par Elyes Fakhfakh, après moult consultations avec elle, et à annoncer par là même occasion qu’elle ne lui voterait pas la confiance, n’aura qu’à regarder la composition de ce gouvernement pour trouver la bonne réponse à ses questions. Il se dispensera du même coup d’être dupe de l’argument qu’elle avance pour justifier son choix, à savoir que ce gouvernement n’est pas d’union nationale, comme elle l’exigeait, puisque Qalb Tounes de Nabil Karoui, son principal rival, n’y figure pas. Qalb Tounes n’était déjà pas représenté dans le gouvernement Jamli formé par elle, à qui il avait par conséquent refusé la confiance, en bonne intelligence en cela avec une majorité de députés. Et pour cause, il avait dès le départ dit préférer être dans l’opposition. Ce qui explique d’ailleurs qu’aucun portefeuille ne lui soit attribué dans le gouvernement Fakhfakh. La réalité, c’est qu’Ennahda ne pouvait pas accepter de faire partie d’un gouvernement dans lequel elle ne détiendrait aucun des ministères régaliens, elle qui même en recul reste néanmoins le premier parti de Tunisie. De tous les postes convoités par elle, l’Intérieur et la Justice en particulier, c’est bien simple, elle n’en a obtenu aucun. Ne parlons pas de la Défense et des Affaires étrangères, domaine réservé du président de la République. Elle n’a même pas eu droit, à titre de compensation, à l’Education, un secteur fort prisé par les partis islamistes où qu’ils se trouvent.

Dans ce gouvernement, la part du lion est revenue aux indépendants, aux sans-partis, aussi bien par le nombre des portefeuilles que par leur qualité, en harmonie bien sûr avec le fait que le chef de l’Etat est lui-même sans appartenance partisane. En affirmant ne pouvoir ni faire partie ni soutenir un gouvernement dans lequel ne figure pas Qalb Tounes, elle cherche surtout à se garantir contre le fait que celui-ci, revenant sur sa première position, accepte de participer au gouvernement. Ce qui le cas échéant non seulement lui serait très préjudiciable, à elle en particulier, dans le présent et probablement aussi dans la suite des événements, elle qui déjà n’est plus ce qu’elle était, mais préparerait le terrain à un changement de régime. Un système en effet où le président ne règne plus seulement mais gouverne au quotidien à travers un exécutif à sa dévotion, ce dernier disposant lui-même d’une majorité à l’Assemblée, est présidentiel, quand la lettre de la constitution serait quant à elle parlementaire. Ennahda propose en fait à Qalb Tounes et à d’autres une alliance sacrée contre ce qui équivaudrait à un coup d’Etat. Un coup d’Etat constitutionnel, légal, mais coup d’Etat quand même puisqu’il déboucherait sur un changement de régime s’il devait réussir. Le meilleur des coups d’Etat possibles d’ailleurs, puisqu’il serait, en plus d’être légal, tout à fait pacifique. Pire encore, ce projet pourrait bénéficier de l’appui de la majorité du peuple, qui la première y avait travaillé en élisant un sans-parti au poste de président de la République. Kaïs Saïed est un constitutionnaliste, Ennahda ne l’oublie pas. En ce moment, constitutionnaliste doit signifier putschiste pour elle. A voir ses contorsions pour faire passer le message à la classe politique sur les dangers qui la guettent, mais sans devoir pour cela prononcer les mots fatidiques, de peur qu’ils ne commencent à devenir réalité, on mesure l’alarme qui est la sienne. Jusque-là, tout lui paraissait préférable à un retour devant les électeurs. Ce n’est plus le cas maintenant qu’elle a pris connaissance du gouvernement de combat composé de concert par le Premier ministre et le président de la République.


 


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