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LA QUESTION DU JOUR Par  Mohamed Habili 29/04/2017


Les interventionnistes reviennent à la charge


 Au physique, la particularité de Ben Johnson, le ministre britannique des Affaires étrangères, c’est que même en costume cravate, dans l’habit du moine autant dire, il a l’air débraillé, impression renforcée par le fait qu’il est toujours décoiffé. Ses propos sont en général à l’avenant : ils n’ont rien de diplomatiques. On peut y voir aussi bien de la brutalité que de la franchise. En fait, c’est tantôt l’une tantôt l’autre, et quelquefois les deux en même temps. Ce que ses autres homologues européens tiennent à enrober dans un langage policé et aseptisé, lui-même l’exprime sans détours et sans finasserie. Sur le même sujet, la Syrie par exemple, il fait cause commune avec Jean-Marc Ayrault, son homologue français. Tous les deux plaident pour une intervention armée contre Damas, mais qui le cas échéant se ferait sous la conduite exclusive des Etats-Unis. Une action qui serait dans le style du bombardement avec missiles de croisière mené dernièrement par les Américains sur la base aérienne de Shayrat, mais qui se poursuivrait jusqu’à la chute du pouvoir syrien. Mais autant le ministre français ne préconise ni ne dit rien de précis, se contentant de suggérer ce qu’il serait bon d’entreprendre, en se faisant notamment fort d’apporter la preuve de la responsabilité du régime syrien dans l’attaque au gaz de Khan Chikhoun, autant le chef de la diplomatie britannique ne laisse planer aucun doute quant à sa préférence, et bien entendu à celle du gouvernement dont il fait partie.

La France prend même la précaution de brouiller encore plus son propos en donnant à penser qu’elle ne s’est toujours pas décidée pour la manière forte en Syrie. A noter tout de même que la France dont il s’agit n’a plus que quelques jours à vivre. Bientôt une autre la relèvera, qui ne sera peut-être pas pour le scénario libyen, et cela quel que soit le résultat du deuxième tour de la présidentielle. Emmanuel Macron, dans la mesure où c’est lui qui est élu le 7 mai prochain, peut ne pas être exactement sur la même ligne que le président sortant, même s’il a l’air de s’y reconnaître. En revanche, il ne fait aucun doute que cette politique ne sera pas celle de Marine Le Pen. Du côté britannique, nulle ambigüité à cet égard : le choix interventionniste est fait par le gouvernement conservateur depuis longtemps. S’il n’a pas été mis en œuvre, c’est juste que le Parlement s’y est opposé, et que les Etats-Unis sous Barack Obama reculaient devant cette option. En déclarant que dans le cas où les Etats-Unis voudraient lancer d’autres attaques comme celle de Shayrat en Syrie, il serait difficile pour son pays de ne pas en être, Ben Johnson n’a fait au fond que se répéter. Ses propos n’en revêtent pas moins, dans le contexte actuel, une signification spéciale. C’est comme s’il s’attendait à ce que l’administration américaine prenne bientôt la bonne décision de son point de vue, et qu’il l’encourage en ce sens en lui faisant savoir que dans cette optique elle peut compter sur la Grande-Bretagne. De là la question qui se pose de savoir si l’attaque de Shayrat n’a pas en fait brisé une sorte de barrière psychologique, ou ce qui revient au même, si elle n’a pas ouvert l’appétit des interventionnistes, les mêmes que ceux qui ont opéré en 2011 en Libye, avec les conséquences que l’on sait. Depuis cette attaque en tout cas, les interventionnistes les plus convaincus, les gouvernements britannique et français, reviennent à la charge, sentant le vent tourner dans la bonne direction, et voulant plus que jamais y mettre du leur.


 


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