Retour a la page d'accueil

   

LA QUESTION DU JOUR Par  Mohamed Habili 22/01/2017


La Turquie change de priorité et donc de politique


 A peu de jours de la conférence d’Astana, la Turquie fait savoir, certes officieusement mais tout de même par l’intermédiaire d’un haut responsable, que l’exigence de départ de Bachar Al Assad n’étant plus quelque chose de réaliste est purement et simplement abandonnée par elle. A vrai dire, ce n’est là que la moitié d’une nouvelle, car on savait depuis plusieurs mois déjà qu’elle avait changé de cible principale, tout en continuant d’ailleurs d’apporter tout son soutien aux différents groupes modérés de l’opposition syrienne, dont elle héberge les directions, en même temps que plus de deux millions de réfugiés syriens. Ne serait-ce que parce qu’elle a été la première destination des Syriens, fuyant la guerre pour les uns, la répression pour les autres, la Turquie devrait avoir son mot à dire dans la recherche d’une solution politique au terrible conflit qui ravage sa voisine. Forte de ses alliances internationales, dans le monde arabe comme en Occident, mais tout autant des convictions politiques de ses gouvernants, la déterminant à devenir un opposant radical à Bachar Al Assad, elle a cru pendant longtemps que le sort de ce dernier était réglé et que son renversement effectif n’était plus qu’une question de temps. Elle n’a pas été le seul pays, loin de là, dans la région et hors de celle-ci, à agir des années durant dans le même sens qu’elle.
 

Les monarchies du Golfe, à l’exception notable de l’une d’entre elles, ont soutenu tout autant qu’elle, et peut-être davantage à certains égards, la rébellion syrienne, sauf que ce n’était par aucune d’entre elles qu’affluaient armes et combattants. Cette guerre aurait changé de visage, et sans doute n’aurait-elle pas duré aussi longtemps si elle-même n’avait pas laissé ouvertes ses frontières devant les ennemis du régime syrien, quel qu’ait pu être par ailleurs l’engagement des monarchies arabes aux côtés de la rébellion, eût-il été deux fois plus important que celui qu’elles lui ont effectivement apporté. C’est en cela que le rôle de la Turquie dans ce conflit, dont la dimension régionale outrepasse de loin la dimension interne, est à part, et cela à toutes les étapes de la crise, bien qu’il ne soit pas le même de l’une à l’autre. Mais de même que son attitude en faveur de la rébellion a fait durer la guerre, de même son abandon du primat du départ du président syrien est de nature à hâter la recherche d’une solution politique à la crise. Qu’elle se démarque de l’opposition sur un point essentiel, à la veille même de négociations censées n’aborder que les questions relatives à la généralisation et au respect du cessez-le-feu, laissant théoriquement pour le prochain round du processus de Genève le soin de traiter des questions politiques, et donc de la solution finale, pour le moins n’est pas anodin. Un bon allié de l’opposition aurait attendu une meilleure opportunité pour faire une déclaration d’une telle portée. En fait, la Turquie aurait voulu affaiblir l’opposition qu’elle ne se serait peut-être pas comporté différemment. Cela tient-il à ce que le régime Erdogan entretenant plusieurs calculs à la fois, où se mêlent considérations externes et visées internes, en vient nécessairement à faire des choix et donc des sacrifices, de crainte de perdre sur tous les plans ? Il ne serait pas étonnant que ce soit le cas dans un pays en train de changer de régime, avec tous les risques inhérents à l’entreprise. Après tout, qu’est-ce qui est le plus important pour Erdogan, qu’il change de constitution, et devienne le seul maître à bord, sans que la Turquie n’entre en révolution pour l’en empêcher, ou qu’il fasse tomber le régime syrien, dont il n’a pas toujours été l’ennemi mortel ? Poser la question, c’est y répondre.


 


Partagez sur Facebook Twitter Google
 

 
DIRECTION - ADMINISTRATION
2, Boulevard Mohamed V - Alger-Centre

Tél. standard : 021.78.14.16 _ Fax : 021.78.14.15

e-mail : lejourdalgerie@hotmail.fr

SERVICE PUBLICITÉ DU JOURNAL
Tél & Fax : 021.78.14.20
Toutes les agences ANEP (siège) : 1. Av. Pasteur. Alger

 Contactez-nous                                                                               © Copyright 2003-2016. Le jour d'Algérie                                                 Suivez nous sur .... /fr/img/logos/facebook.png /fr/img/logos/twitter.png /fr/img/logos/youtube.png