Saga

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Mohamed Belmechri, gérant de Dar Zeriab  

L’artisan de l’année

 

Reportage réalisé

Par Habiba Ghrib

 

 03/12/07

 

Notre saga des chefs d’entreprise converge cette fois-ci vers le monde de l’artisanat et vous propose de découvrir un artisan algérien qui s’est spécialisé, par amour pour la sculpture du bois et pour la musique, dans la fabrication des instruments de musique traditionnels. Une vocation qui le conduit, après un parcours de plus de 25 ans, à décrocher le  prix national authenticité et création. Notre artisan-artiste est Mohamed Belmecheri, gérant et propriétaire de Dar Zeriab, un atelier de fabrication et réparation d’instruments de musique à Laghouat.

 

Voir enfin aboutir tous les efforts consentis dans un métier assez difficile,  qu’il a adopté un jour plus par amour et vocation que par nécessité, est la plus belle occasion d’encouragement et de réussite pour tout artiste et créateur. C’est aussi le cas pour Mohamed Belmechri, cet artiste-créateur qui a été, en novembre 2007, à la tête des six lauréats du prix de l’authenticité et création, suite à sa participation au premier concours national de création et de préservation du patrimoine de l’artisanat traditionnel et artistique. Cet artisan, de la wilaya de Laghouat, s’est distingué lors de ce concours auquel ont participé plus de 400 artisans  à l’échelle nationale, par la qualité, la beauté et la finesse de la cithare (qanün) qu’il a fabriquée de bout en bout. Natif de la ville de Laghouat en juillet 1964, Mohamed Belmechri s’est, depuis sa plus tendre enfance, distingué de ses frères et sœurs par son amour pour le dessin et le bois. «Enfant, j’étais toujours fasciné par les couleurs du bois et j’ai entrepris alors mes premières sculptures à partir de mes premiers dessins qui trouvaient une place sur mes cahiers d’écolier», nous confie Mohamed en ajoutant qu’il avait à l’époque la chance d’être encouragé par ses enseignants qui, au lieu de le réprimander, fermaient l’œil sur ses petits écarts à la discipline  à cause, nous dit-il, «de ses résultats brillants dans ses études».

C’est à l’âge de 18 ans qu’il fabrique et seul son premier instrument de musique, un luth  qui ne répondait certes pas aux normes usuelles, mais qui était  le résultat de tant d’efforts et de motivation, se souvient-il aujourd’hui encore. Cet exploit a été à l’origine de sa grande aventure avec une activité qui répond plus de l’art, de l’imagination et de la création que de la fabrication. Poursuivant ses études jusqu’au baccalauréat, il s’inscrit par la suite dans une branche qui le rapproche le plus de sa passion. Un choix qui va lui permettre de  décrocher son diplôme d’enseignant d’éducation artistique. Il est recruté au CEM El Zahraâ où il enseigna la musique à  ses élèves et tente à travers chaque cours d’encourager leurs dons artistiques.

Au contact des grands

En 1982,  Mohamed Belmechri fait la connaissance de Hadj Mabrouk El Adjouadi, un pionnier dans l’artisanat et la fabrication des instruments de musique auprès de qui il apprendra les véritables bases du métier. A Telemcen, d’où il tire  déjà une partie de ses origines et comme il le précise sa passion de la musique, qu’il a héritée de ses oncles maternels, Mohamed entre en contact avec un autre maître de renom : El Hadj Abdel Djalil Hessaïn. Lequel contribue, grâce  aux instructions qu’il lui inculque, à renflouer ses connaissances. Les enseignements fournis par ces deux grands maîtres et spécialistes en  la matière ont contribué à forger en lui l’artisan qu’il est devenu à force de persévérer.       

Déjà une grande ambition  

En 1992, il entreprend de se consacrer entièrement à sa vocation. Il adhère alors  à  la chambre de l’artisanat de Laghouat et fonde, une fois son registre du commerce et son agrément en main,  son atelier qu’il baptise «Dar Zeriab» en hommage au grand maître et fondateur de la musique andalouse. Dès lors, il s’atèle à la fabrication  des luths, cithares et mandolines ainsi qu’à la réparation de tous les autres types d’instruments musicaux.

Et dès lors c’est un véritable parcours du combattant que celui entrepris par notre artisan qui déclare que le premier handicap qu’il avait rencontré était l’indisponibilité sur le marché de la matière première. Un handicap qu’il contourne de façon ingénieuse en puisant cette matière sur de vieux meubles. Ensuite il se met à la recherche de vieux meubles et tisse un solide réseau avec les brocanteurs de Laghouat et ses environs. En plus pour sa passion pour le bois,  Mohamed Belmechi qui est aujourd’hui marié et père de deux garçons, nourrit un  intérêt particulier pour la musique, le dessin et la poésie. Il  a déclaré qu’il a descellé les mêmes passions chez son jeune fils qu’il encourage de son mieux à développer ce merveilleux don de Dieu.     

 «Assurer la relève»

Ce n’est qu’en 2006-2007 que notre artisan commence à glaner les fruits de son  labeur, il participe  à un premier salon à l’échelle de wilaya dans le cadre de l’Algérie capitale de la culture arabe et se fait honorer par le ministre de la Culture du royaume d’Oman, qui lui remet  à l’occasion un précieux livre sur la fabrication des instruments de musique  dans le monde arabe. Aujourd’hui, Mohamed Belmechri ambitionne d’assurer la relèv, en formant en premier lieu les deux apprentis qu’il a pris en charge dans son atelier. 

 «Je suis en train d’écrire un livre sur les fondements et les techniques de la fabrication du luth. Et j’ai pu avoir les promesses du directeur de la culture de Laghouat de m’aider à créer une école pour la fabrication des instruments de musique». Un tel projet va permettre à Mohamed de transmettre son métier à d’autres générations  pour préserver un patrimoine auquel il consacre  toute sa vie et à y assurer la relève. 

Soucieux par ailleurs de donner un autre essor au métier  d’artisan  de manière générale, Mohamed Belmecheri demande à tous les artisans à l’échelle nationale de se réunir dans le cadre d’une coopérative ou d’une association, pour faire valoir leurs droits et promouvoir leurs produits. 

H. G.

 

Le prix «Authenticité et créativité»

Instaure pour la première fois en Algérie par le ministère de la PME et l’Artisanat, et sous le haut patronage du président de la République, le prix «Authenticité et créativité»  a été décerné le 9 novembre dernier à six lauréats, qui ont eu en plus de leurs attestations, à se partager la somme de  2,7 millions de dinars. 400 artisans à l’échelle nationale et tous métiers confondus avaient pris part à ce concours.  Ce prix constitue, selon le ministre de la PME et l’Artisanat «une reconnaissance à l’égard des artisans qui ont contribué à la promotion de l’artisanat algérien et à la sauvegarde du patrimoine». il a été instauré dans le but d’«améliorer la qualité des produits de l’artisanat, d’encourager les artisans et de démontrer l’intérêt accordé par les pouvoirs publics à ce patrimoine authentique».

H. G.

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