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Ammar Hadj Messaoud, DG de SCIQUOM

«Ma présence en Algérie relève d’un acte citoyen»

 

Reportage réalisé

Par

Ahmed Mahieddine

 

 19/11/07

 

Parcours surprenant que celui de Ammar Hadj Messaoud, chercheur en biomécanique au Canada et qui, aujourd’hui, dirige SCIQUOM, un organisme travaillant avec des partenaires canadiens, développant et proposant des concepts managériaux inédits en direction des entreprises et institutions soucieuses de s’installer dans des positions compétitives.

  

Chercheur dans une technologie de pointe : la bio mécanique appelée, aussi, robotique humaine, il raconte comment, en avance de dix années sur des travaux de recherche entrepris dans ce domaine par des biologistes au Canada, il a été amené à embrasser une nouvelle activité. «Je n’aime pas être tenu en laisse comme j’ai toujours aimé relever les défis». Ce sont là quelques-uns des traits saillants de sa personnalité qu’il met en avant pour expliquer son choix de travailler en Algérie au lieu de rester au Canada «où, dit-il, j’avais mille fois plus de possibilités de me réaliser, sans stress et tout en étant près de mes enfants». Il tient également à préciser que son désir de venir mettre ses connaissances au service de son pays relève davantage d’un acte citoyen que d’une recherche de profit.

Aujourd’hui âgé de 49 ans,

M. Hadj Messaoud déclare avoir décidé de partir vivre au Canada, en 1989, parce qu’il avait vu venir la situation d’insécurité qui allait commencer à s’installer dans le pays peu de temps après. «Quelque temps après mon installation, indique-t-il, j’ai occupé un poste d’assistant de recherche tout en faisant  un master en robotique. L’obtention de ce diplôme a été suivie de cinq publications dans lesquelles sont traités divers aspects de planification de robots. A la suite de cela, on est venu me proposer un sujet de recherche sur la bio mécanique, c’est-à-dire les principes mécaniques appliqués à l’ossature et aux tissus humains ainsi que l’optimisation des paramètres mécaniques d’un équivalent vasculaire cultivé in vitro. J’avais besoin de ce background biologique pour me reverser dans la robotique humaine. En 1994 je me suis aperçu que je ne pouvais ni suivre ni devancer les travaux des biologistes qui tentaient de mettre au point les paramètres mécaniques que j’étais chargé d’optimiser. S’ils mettaient 10 années à réaliser un tel travail je devais donc attendre pendant tout ce laps de temps. J’ai, en quelque sorte, été recruté en avance. En attendant, et pour assurer mon avenir, j’ai demandé à enseigner la bio mécanique à l’université. Il m’a été répondu qu’il n’y avait pas de budget pour ce poste».

Du respect des valeurs et de l’individu

C’est parce que par la suite il avait été contacté par des personnes souhaitant développer un organisme conseil en intégration de systèmes, qu’au fil des années, M. Hadj Messaoud a été amené à s’orienter vers une autre activité et à créer sa propre entreprise. Installé en Algérie, dans la commune de Rouiba, il dirige une entreprise conseil en management, avec des associés canadiens, qui est fournisseuse de solutions novatrices, à des institutions à but non lucratif et entreprises économiques, pour les aider à améliorer leurs capacités compétitives. «Les actions de SCIQUOM Conseil, tient-il à préciser, sont basées sur des éléments de valeur centrés sur le respect de l’individu en tant que leader et la recherche de l’excellence dans tout ce que nous entreprenons». Explicitant la philosophie d’approche de cette dernière, il indique qu’elle est basée sur la théorie des contraintes, lesquelles intègrent l’homme, l’organisation et l’outil. «Ce sont là, explique-t-il, les matrices fondamentales de tout système d’organisation». De l’entreprise en général, il explique que c’est d’abord une culture, un système de valeur et des gens qui la dirigent. 

Définissant SCIQUOM comme une entreprise citoyenne, M. Hadj Messaoud indique qu’à la différence d’autres institutions, celle-ci travaille sur le fond de la problématique des organisations algériennes et non sur la forme. «Nous faisons de la recherche et développement pour apporter des solutions viables et durables aux enjeux posés aux entreprises et institutions en termes de gestion des opérations et de développement humain, aux plans stratégique, de déploiement ou d’exécution». Il déclare travailler plus avec des entreprises publiques «parce que, précise-t-il, elles ont des traditions de gestion et d’organisation à même de leur faire comprendre la pertinence des services que nous leur offrons. Le plus récent contrat est en train d’être réalisé avec le Groupe Ferphos dont nous sommes chargés de revoir et de consolider les systèmes de management, de la qualité et de l’environnement de sa filiale Somiphos».  

M. Hadj Messaoud tient, une nouvelle fois, à souligner l’aspect citoyen de SCIQUOM en rappelant qu’il a, à de multiples reprises, eu l’occasion de publier des contributions dans les médias, en particulier, pour sensibiliser l’environnement économique et social autour de sa problématique centrale. Il observe, à cet effet, avoir constaté de grandes faiblesses en Algérie où il dit avoir noté une absence totale de gestion des changements. Selon lui, l’encadrement  stratégique censé piloter ces changements reste encore ancré dans une vision instrumentale et des techniques dépassées. «Un stratège doit toujours se projeter dans le futur, en matière de savoir et de stratégie, pour pouvoir amener les gens à le suivre». Concernant la gestion des projets, il note qu’il existe des faiblesses dans les phases préliminaires de faisabilité. Prenant en exemple la Ligne bleue instituée sur les voies rapides de l’algérois, il considère qu’il est préférable, au préalable, d’examiner les conditions pour la réussite d’un projet. «Il vaut mieux dépenser un peu d’argent pour savoir si un projet est, ou non, viable que de dépenser des sommes considérables pour s’apercevoir, finalement, que c’est un échec».

Cette réflexion qui fait défaut

Indiquant que le cycle de vie d’un projet est constitué de trois phases distinctes : développement, réalisation et phase opérationnelle, il note qu’en Algérie on occulte la phase développement «parce qu’en général, on n’est pas outillé pour mener les réflexions préliminaires pour déterminer la faisabilité ou non d’un projet quelconque».

Développant plus en avant sa réflexion, le P-DG de SCIQUOM estime que si l’on observe le passage d’un système de parti unique au multipartisme ou bien d’une économie planifiée à une économie de marché, on s’aperçoit que ce sont là autant de projets qui, dès le départ, ont été ratés parce qu’on n’a pas pris la précaution de gérer le changement qu’ils pouvaient induire. «Le passage à l’économie de marché a aussi entraîné beaucoup de gaspillage parce que l’on n’a pas pris soin d’accompagner ce changement. La raison en est que l’on est resté ancré dans un vieux paradigme où le politique prime sur l’économique et le technologique. Cette situation est néfaste pour notre intégration dans l’économie mondiale où il faut se placer en tant que donneur d’ordre et de fournisseur et pas seulement en pétrole. Aujourd’hui, un médecin, un chercheur, un enseignant sont, tous, payés par l’Etat. Si l’on observe le salaire de chacun d’entre eux par rapport à la valeur ajoutée apportée à la société, on découvre les implications néfastes de ce paradigme où le politique prime sur toute chose alors qu’il doit dériver de l’intelligence économique qui, elle, dérive de l’intelligence technologique». «L’économie mondiale, ajoute, par ailleurs, M. Hadj Messaoud, est basée sur celle du savoir». A partir de là, il s’interroge sur les réelles possibilités de s’intégrer dans cette dernière quand il observe que le savoir et l’intelligence, en tant qu’éléments de créativité et non de consommation, ne bénéficient pas de toute la considération et de la valeur qui leur sont dus.

Constatant, d’autre part, que le leadership est une valeur que chacun s’applique à lui-même et que la grandeur d’un individu a tendance à se mesurer à travers l’intensité du mépris affiché vis-à-vis des autres ainsi que des règles et règlement, M. Hadj Messaoud, comme pour revenir au sens du travail développé par SCIQUOM, signale que les gens n’apportent pas des solutions aux problèmes parce qu’ils ne les appréhendent pas à leur juste dimension mais par rapport à eux-mêmes. «Au lieu de s’interroger sur la meilleure façon de solutionner un problème, de savoir si l’on est capable d’y faire face ou de faire appel à une tierce personne, on persiste dans ses erreurs».

De la fusée en bois

Pour illustrer ses propos, il tient à développer de concept de la fusée en bois : «L’objectif, dit-il, est d’aller sur la lune. Ce que je sais c’est réaliser des formes : une fusée en bois mais sans m’interroger sur les moyens de mener à bien mon projet afin de faire en sorte d’aller sur la lune. Un vrai leader est celui qui fait beaucoup avec peu et non peu avec beaucoup. Au niveau de notre organisme nous nous attachons de sorte à faire prendre conscience, à ceux qui font appel à nos services, qu’ils doivent développer des solutions viables et durables qui puissent leur permettre de s’insérer à la compétitivité mondiale. J’insiste sur le fait que nous les accompagnons dans le développement de leurs capacités managériales à tous les niveaux, du stratège à celui qui exécute, en prenant en compte la dimension humaine, le savoir-être, le savoir- faire et le savoir-apprendre qui sont autant de concepts intégrés les uns aux autres».

Revenant sur son parcours, professionnel en particulier, il déclare que lorsqu’il était allé poursuivre ses études au Canada, il a tenu à mettre en pratique le savoir acquis en Algérie. «Ce que savais, je l’ai enrichi et mis en valeur. J’ai, dit-il, une double responsabilité morale vis-à-vis de mon pays de naissance et de mon pays d’adoption. Je me dois de donner la bonne image de deux systèmes dont je n’ai, fondamentalement et humainement parlant, pas découvert de grande différence. Soulignant qu’il est un homme d’affaires, Ammar Hadj Messaoud déclare qu’il veut construire quelque chose et faire en sorte qu’il y ait une continuité. «Le second point qui me préoccupe c’est de créer un lien économique entre l’Algérie et le Canada qui puisse me permettre de rapprocher mes enfants de leur pays d’origine à condition, bien sûr, qu’ils soient eux-mêmes compétitifs. J’ai découvert que mon pays avait besoin d’aide. Mon troisième objectif est, à ce propos, de faire en sorte de lui apporter ma contribution, dans mon domaine, sans tambour ni trompette».

A. M.

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