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Mourad Benouniche, gérant du Traiteur «Le Délice» 

Au service des fins gourmets

 

Reportage réalisé

Par Habiba Ghrib

 

 10/12/07

 

Investir dans le domaine des services et dans la restauration plus particulièrement  est toujours un grand défi à relever d’autant plus que le métier de traiteur est encore tout récent en Algérie. Le faire revient aussi à introduire toute une nouvelle culture au sein de la société algérienne, celle d’amener les gens à recourir au service du traiteur pour tous types de cérémonie, de la grande réception aux diners entre amis et intimes en passant par les dîners  d’affaires et les repas de personnel de sociétés. C’est un défi qu’a relevé Mourad Benouniche et son équipe en créant la SARL «Traiteur Le délice».

 

 

Jusqu’en 2003, rien ne prédestinait cet ingénieur électro-mécanicien de formation et père de trois enfants à embrasser ce métier. Issu d’une famille algéroise de souche, installée dans la région de Birmo depuis 1815, Mourad Benouniche a fini par suivre la trace de ses aïeux qui étaient dans les affaires, (agriculture, industrie du bois et commerce). Après un passage à l’école  primaire de Bab Ezzouar, au CEM de Kouba et à l’université de Bab Ezzouar où il décroche le diplôme d’ingénieur, il est recruté en tant que chef de département maintenance par la première entreprise privée en Algérie (1967) appartenant à M Abbas Torki et spécialisée en polymère. «J’ai travaillé en qualité d’ingénieur jusqu’en 2003, date à laquelle j’ai décidé de m’installer à mon compte non sans avoir décroché en 1990 un DES en management», nous confie Mourad Benouniche. Il s’associe donc à Abbas Torki qui est l’instigateur même de l’idée d’investir  dans les services. «Mon associé, pionnier dans la société multinationale, avait souhaité un créneau qui sort totalement de l’ordinaire. Il croyait au métier de traiteur et j’y ai cru aussi, car ce créneau a permis à certaines gens de  bâtir des empires à l’étranger», a joute-t-il.

Ainsi commence l’aventure pour Mourad qui, après avoir fait une étude du marché, créa sa petite équipe qui regroupe aujourd’hui, en plus du personnel, sa femme Haféda qui supervise, Mensouri Abelhakim qui s’occupe du relationnel et Terki Sofiane le chargé de la commercialisation.

L’ingénieur de formation devenu aujourd’hui homme d’affaire est père de trois enfants. On apprendra qu’il cache en lui un véritable  artiste. Mourad est un mordu de musique. Dans ce domaine, il compte quatre années au sein de la troupe El Moussilia et trois ans au conservatoire municipal. Aujourd’hui, il trouve encore le temps de donner des cours aux enfants au conservatoire de Bir Mourad Rais. Notre traiteur nourrit en parallèle un  culte pour la photographie.

L’élu des connaisseurs

Comme les premiers démarrages sont souvent très difficiles, notre traiteur s’est heurté comme tout premier investisseur à d’énormes difficultés, pour ne ce citer que le manque de la matière première sur le marché national et les rouages et blocages administratif des banques. «Au départ, nous étions obligés d’importer le chocolat, les crustacés, les emballages et les serviettes. Aujourd’hui, beaucoup d’importateurs commencent à nous suivre et il est désormais possible de trouver sur place beaucoup de produits, après quatre où cinq ans de galère». «Nous avons fait du Dumping pendant un an et demi environ, on perdait plus qu’on ne gagnait d’argent, mais  on gagnait surtout à nous faire connaître. Nous  nous sommes installés, au départ, au niveau de l’esplanade de Sofitel mais le loyer étant excessif ,nous avons fini par déménager et nous installer  à Dely Brahim», explique le traiteur.    Mais malgré les débuts difficiles, la SARL Délice a eu la chance d’avoir parmi ses premiers clients, un client de choix : L’ambassade de France. Une référence qui a été plus tard à l’origine de l’ouverture de plusieurs grandes portes. De cette expérience avec les français, Mourad nous confie : «nous avons travaillé trois ans avec l’ambassade de France. Nous  préparions les repas  pour le personnel, les réceptions et autres collations et cocktails à l’intérieur même de l’ambassade. Il faut dire qu’ils sont très exigeants comme client».

Gagner l’estime d’abord

La liste des clients de «chez le Délice» s’agrandit par la suite et compte des organismes important comme la DGSN avec qui un contrat est  établi depuis trois ans déjà et concerne les crèches de cette direction. Mourad se félicite du fait qu’aucun incident n’a jamais été enregistré, car dit-il «il est très délicat de cuisiner  pour les enfants». Toujours à propos de la clientèle, il y a lieu de citer Michelin Algérie avec lequel ils ont travaillé deux ans, Société générale, Algérie télécom … des clients aussi importants les uns que les autres. Pour les satisfaire, les responsables de délices n’hésitent pas de temps à autre à faire appel à des compétences  étrangères spécialisées en pâtisserie et autres. «Bien choisir ses clients, bien les servir afin d’être appréciés »  telle est  la devise adoptée par Mourad et son équipe qui pensent que leur métier se base esentiellement sur la  bonne réputation dont jouit la qualité de leurs prestations de services.  Pour ce faire, 32 personnes entre  chefs cuisiniers, cuisiniers, aides cuisiniers, serveurs, pâtissiers, commis et autres  s’attelent à la tâche, soit dans l’office même de la SARL et /ou chez les clients . Car  plusieurs  formules sont adoptées et varient selon la demande du client, qui est toujours roi, tient-on à préciser.  Il y va donc de la formule classique avec cuisson dans les cuisines du traiteur et livraison dans des coffrets –repas.  La formule spéciale repose, quant à elle, sur l’envoi journalier du personnel sur site, pour prendre en charge la cantine ou le restaurant du client comme c’est le cas  chez la DGSN et Société générale. Pour la clientèle VIP, il est question de satisfaire souvent des demandes spéciales et raffinées, allant du traditionnel au moderne et pour lesquels, « nous faisons appels à des spécialistes étrangers», explique le traiteur.    

Un métier à promouvoir

Les premiers traiteurs qui se sont installés en Algérie sont des étrangers. Il s’agit de la compagnie Catring qui desservait les bases-vie américaines dans le sud.  Les traiteurs qui ont fait par la suite leur apparitions sont pour la plupart des retraités de cette compagnie. «Le premier à avoir été connu sur l’algérois est tunisien. Je pense que les compétences algériennes en la matière peuvent faire leurs preuves et nous sommes plus intéressés par développer ce créneau par nous mêmes et chez nous». «Qoique le personnel qualifié et spécialisé dans ce créneaux soit  assez rare en Algérie, nous avons d’excellents chefs  qui sont malheureusement marginalisés. D’un autre côté, nous n’avons pas de politique dans ce sens, nous devons être suivis par le ministère du Tourisme, si on veut promouvoir ce métier».

«On gagnerait sûrement à être classé, si on arrive à sortir les professionnels du lot. Car aujourd’hui et malgré le fait que le métier soit tout récent, nous avons affaire à une concurrence pas très franche. Si les quelques professionnels du domaine tiennent à respecter les normes, les autres quoiqu’ils disposent de registre de commerce, ne font pas du bon travail », déplore Mourad en ajoutant qu’«il y a de la place pour tout le monde, mais ce sont les résultats sur le terrain qui feront la différence. Je ferai plus tard appel à un organisme pour la certification de l’entreprise». 

Une chaîne de self-service 

 Bien que la SARL Traiteur Le Délice soit à ses débuts dans les affaires et malgré son investissement propre ne bénéficiant d’aucune aide étatique, ses responsables projette déjà sa mise à niveau. « Nous allons faire appel à un organisme spécialisé pour notre certification Iso», nous explique Mourad en ajoutant que parmi les perspectives à court terme : arriver à 1000 repas jours avec certains de ses clients, d’autres projets de développement sont déjà en cours de réalisation.

«Nous allons très bientôt finalisé avec un partenaire étranger pour nous installer au sud». Mais en attendant, c’est  le grand projet d’expansion et de diversification des services qui est à l’ordre du jour. Il s’agit selon M. Benouniche de créer des services autonomes qui seront respectivement chargés de la collation, de la décoration, de  la restauration et de l’animation.

Pour ce dernier service, il fera appel à un groupe de chanteurs, à leur tête le chanteur Ben Zina, pour mettre en place une troupe chargée d’animer les soirées et rencontres.  Les responsables de Délice ambitionnent pour l’année 2008-2009 la création de la chaine de Self services délices.

«Nous avons tardé à développer nos projets, car on se donne le temps de nous faire connaître et  avons besoin pour cela d’une flotte assez conséquente que nous sommes en train de construire au fur et à mesure».

Il faut goûter pour le croire  

Cela sent bon la bonne tarte toute fraîche  et l’arome de vanille dans les cuisines de chez Délice. Ces odeurs proviennent de la cuisson des mini-tartelettes aux fruits qui seront destinées au personnel de Société générale. Ici, c’est l’espace des Chefs que gère la femme de Mourad. Un ordre parfait et une hygiène impeccable caractérisent les lieux abritant le matériel de grande cuisine, de grande pâtisserie et de transport iso-thermique. Cela en plus de la chambre froide.

On nous assure que pour les repas cuisinés sur place, le travail commence à  l’aube. Les gérants veillent aussi à la fraîcheur et à la bonne qualité de la matière première utilisée (fruits, légumes, viandes, légumes et poissons) et veillent surtout aux équilibres diététiques des menus.

«Nous allons recruter un médecin diététicien et un architecte de décoration avec l’extension de notre éventail de prestations», nous confit Mourad. Nous avons eu la chance de goûter à quelques salés et sucrés fraichement sortis du four, c’est un  véritable délice.

A la table de la Société Générale

La découverte des prestations de services qu’offre le traiteur Le Délice à ses clients sur site, nous conduit à la cantine de Société générale. Un espace équipé de façon ultra moderne permettant la formule du self service.

 Au menu, plusieurs entrées chaudes et froides, trois variétés de gratins de légumes accompagnant volaille, viande rouge ou poisson à servir au choix du client. Le traiteur offre même  la formule  hamburgers,  paninis et sandwiches, tout cela à des prix imbattables.

L’équipe du Délice avec leurs uniformes blans et leurs képis blancs et rouges a ,depuis son installation, tissé de solides liens avec les travailleurs de Société générale au point où l’on arrive à connaître les goûts et les préférences de la majorité du personnel. La formule adoptée repose sur un repas complet et équilibré à un prix étudié subventionné, en partie, par Société générale. Pour les employés de cette dernière, la présence du traiteur sur les lieux est une véritable aubaine «car en plus du fait qu’on ait un grand choix de  plats et à un bon prix, nous sommes sûrs de la qualité et de l’hygiène, ce qui nous tranquillise», nous confie une jeune employée de Société générale.                  

H. G.

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