Retour au sommaire

 

Elections législatives

Des résultats annonciateurs de turbulences positives

 

Finalement tout le monde peut se dire satisfait de ces élections y compris le FLN qui aura enregistré des pertes sérieuses mais qui ne remettent pas en cause son statut de premier parti du pays.

 

Par B. Hachemane

Cependant les dirigeants de ce parti auraient tort de sous-estimer le courant anti FLN qui vient de s’exprimer à travers ces élections et qui leur a coûté le tiers des sièges qu’ils occupaient à l’Assemblée, ces pertes pourraient connaître une amplification importante aux élections communales et de willayas prévues pour le mois d’Octobre prochain , si rien n’était fait pour ressouder la direction de ce parti minée par des oppositions régionales qui risquent elles d’aller au conflit ouvert qui sonnera le glas du parti historique …Par ailleurs ce parti a montré qu’il ne pouvait exister s’il ne pouvait se réclamer du soutien d u Président de la République c’est ce que du reste a montré M. Belkhadem en attribuant au Président le choix des candidats du FLN chose que les autres partis de la coalition ont dénoncé , le Président ayant tenu à se montrer neutre dans ces élections .Avec le retour en grâce du RND , le retour du RCD le second parti pénalisé par les abstentions après le parti d’El Islah, victime du boycott des électeurs traditionnels du FIS qui se sont portés sur ses candidats au cours des élections de 2.002 , et les listes indépendantes elles aussi touchées par la forte abstention , le FLN qui a déjà un genou à terre risque de perdre encore de son influence auprès de l’électorat et il suffirait que le Président dise qu’il ne soutenait pas le FLN pour que la majorité des APC et les Assemblées de Wilayas aillent aux autres partis de la coalition présidentielle d’abord ensuite aux listes indépendantes et aux « petits » partis représentés à l’Assemblée nationale . Quoiqu’ il en soit ces prochaines élections locales communales et wilayales seront marquées par une redistribution encore plus tranchée entre un « FLN » qui va continuer à perdre des places au profit des « vainqueurs » des élections législatives , RND , MSP , RCD, FNA , les listes indépendantes qui seront encore plus nombreuses après l’heureuse surprise des élections législatives ainsi qu’aux « petits » partis .Avec la tendance qui s’est manifestée au cours des élections législatives le FLN risque de se retrouver amputé de la moitié des assemblées communales qu’il domine pour l’instant ( 860 ) ainsi que de la moitié des conseils de willayas . Comment lire les résultats de ces élections que les partis de la coalition présidentielle appréhendaient beaucoup parce que ne disposant d’aucun appareil de mesure des intentions de vote des électeurs et qui de ce faIt ont navigué à l’aveuglette priant que tout se passe bien pour eux . la faible participation des électeurs à ces élections les a arrangés grandement , cette faible participation aura par ailleurs aussi joué en faveur du Parti des travailleurs qui réalise un score surprenant qui mérite que l’on s’y attarde pour tenter de l’expliquer ainsi que celui réalisé par le RCD pour qui la aussi une explication s’impose , car ce parti a tout l’air d’avoir été l’objet d’une attaque venant de son voisinage immédiat qui il est sur l’aura grandement désavantagé son importance et son influence au sein de l’Assemblée nationale et au sein de la Société en général s’en ressentiront. Tout d’abord s’agissant du sens à donner aux résultats de cette élection si la forte abstention pourrait être mise sur le compte de la condamnation par la population algérienne de la classe politique dans son entier avec 64,5% d’abstentionnistes que l’on aurait tort de qualifier de mécontents , la politique conduite par le Président de la République à elle subi un désaveu manifeste qui nécessiterait peut-être une réponse énergique de sa part au moment de la constitution du Gouvernement , puisqu’ à tous ceux qui ont semblé rejeter la classe politique dans son ensemble il faut ajouter ceux qui se reconnaissent dans cette classe politique mais qui seraient cette fois de vrais mécontents s’agissant de leur perception de la manière dans les affaires du pays sont menées , ils s’agit de tous ceux qui ont glissé dans les urnes un bulletin nul ,ceux-ci se sont dérangés et ont voté en exprimant un choix de rejet de la politique actuelle, leur total représente 5% du corps électoral .Ce qui fait que ceux qui « désavouent » la politique conduite par le Président de la République représenteraient 70% du corps électoral ce qui pose un vrai problème celui du divorce d’un Président plébiscité par la population au cours de la dernière consultation présidentielle et d’une population qui semble dire à ce dernier qu’elle ne le comprendrait plus. Il y aurait la un vrai problème posé au Président de la République qui ne peut continuer à conduire une politique qui semble à travers ce vote avoir été unanimement désavouée par la population . L’Assemblée qui va se mettre en place représentera la minorité de la population et le Gouvernement qui va en être « issu » lui aussi sera l’émanation de cette minorité, aussi la coalition gouvernementale si elle venait à être reconduite nécessite qu’elle donne rapidement des signes forts en direction de la population à l’effet de la rassurer quand à la prise en compte du message que celle ci lui a adressée en s’abstenant massivement d’aller voter .Sur le vote lui même et son déroulement il y a lieu de constater que celui-ci s’est déroulé dans de très bonnes conditions et que les résultats semblent satisfaire tout le monde , bien que l’on entende de ci de là quelques réflexions négatives à son endroit … Aussi il serait pour le moins hasardeux de conclure que ces élections auraient conduit à travers la forte abstention à la condamnation de la classe politique en général et à celle de la politique conduite par le Président de la République en particulier rien n’est moins vrai en vérité, les fortes abstentions sont devenues ces dernières années la marque des vieilles démocraties . Une situation comme celle qui vient de marquer les élections algériennes devrait être relativisée l’Algérie entre dans la normalité et il ne serait pas exagéré de considérer ces élections comme un succès pour le Gouvernement avec une mention spéciale pour le Ministère de l’Intérieur qui semble avoir veillé personnellement au bon déroulement de celles-ci en assurant la neutralité de l’Administration qui a géré et encadré ces élections .Comment maintenant expliquer les scores surprenants de certains partis .Dans une précédente contribution il a été dit dans ce même journal que la faible participation allait jouer en faveur des partis de la coalition gouvernementale et qu’au delà d’un certain seuil de participation estimé entre 35 et 40% les suffrages allaient se porter sur tous les autres partis à l’exception des partis de la coalition , ce faisant plus la participation serait forte plus les partis de la coalition risquaient de perdre des sièges .Si le FLN ne retrouve pas tous ses sièges cela est du au fait qu’il n’ pas bénéficié d’un soutien fort et clair de la part du Président de la République qui a préféré être le Président de tous les Algériens et non pas seulement celui des militants du FLN .Le RND et le MSP ont gagné quelques sièges leurs dirigeants attendaient plus ,à eux deux ils n’arrivent pas égaler le FLN en nombre de sièges conquis ce qui devrait relativiser leurs prétentions dans la prochaine répartition des portefeuilles ministériels .Un parti qui faisait illusion semble avoir définitivement perdu sa place de représentant d’un courant islamique autonome , par rapport au FIS et par rapport à Hamas ce qui fait qu’en Algérie il n’y aurait de place que pour deux courants islamiques celui des frères musulmans représenté par Hamas avec un socle populaire qu’il n’arrive pas à élargir et celui du courant représenté par l’ex FIS et que l’on pourrait qualifier de représentant de l’Islam révolutionnaire qui serait le pendant en version sunnite de l’Islam prôné par la révolution iranienne dans sa version chiite .

Si Ennahdha peut être considéré comme une excroissance du MSP le mouvement El Islah serait lui un « dérivé » du FIS,aussi ces deux formations sont appelées au risque de disparaître de rejoindre leurs familles d’origine .L’explication de la défaite d’El Islah par la sortie de M. Djaballah ne peut être valablement retenu son mouvement tant pour les élections présidentielles auxquelles ce dernier a participé qu’aux législatives de 2.002 a été « dopé » par les électeurs traditionnels du FIS qui ont reçu consigne de voter en faveur de M. Djabbalah et de son mouvement . Cette fois ci la consigne était différente puisqu’elle préconisait l’abstention ce faisant le mouvement se retrouvait nu .Avec une plus forte participation de l électorat à ces élections ce mouvement se serait retrouvé certainement sans élus .S’agissant de la grande surprise celle du parti du travailleur la aussi Mme Louiza Hanoune aurait tort de pavoiser , son score à Alger et ailleurs est du aux électeurs du FFS qu ont du certainement se mobiliser pour empêcher M. Saadi du RCD de réaliser un bon score .Les sièges qui revenaient traditionnellement au FFS à Alger sont allés au parti de Mme Hanoune avec l’appui des électeurs de ce dernier bien que les vues politiques du parti de Mme. Hanoune soient diamétralement opposés à celles du FFFS ce dernier est un parti de gouvernement alors que le parti des travailleurs est un mouvement révolutionnaire de protestation permanente. Les frères ennemis kabyles ont encore prouvés une fois qu’ils étaient dans une guerre « d’extermination » et qu’aucune entente n’était possible entre eux ce qui est dommageable pour le camp démocratique .L’électorat qui adhère aux vues de Madame Hanoune représente 100.000 électeurs score réalisé au cous des dernières élections présidentielles ,elle vient d’en obtenir presque trois cents mille .Ce qui est sur c’est que Madame Hanoune ne retrouvera pas ce nombre de votants au cours des prochaines élections locales …

 S’agissant de la lecture qu’il est possible de faire sur le paysage politique issu de ces élections il y aurait lieu de constater que celui-ci semble se diviser en trois parties ,la première représentée par le mouvement national avec en son centre le FLN , le FNA et un gros tiers des élus indépendants , lequel comprendrait un peu plus de 160 députés élus par à peu près deux millions d’électeurs . La deuxième partie serait occupée par le courant modernistes avec comme pièce centrale le RND, le PT , le RCD et la majorité des petits partis entrant à la nouvelle Assemblée nationale avec un petit tiers des élus indépendants ,soit un total de l’ordre de 140 à 150 députés avec la aussi un peu plus de deux millions d’électeurs. La troisième partie enfin est occupée par le courant islamiste avec comme pivot le MSP , les élus d’El Islah et d’Ennahdha et un tiers des élus indépendants soit un peu plus de 70 députés et moins d’un million d’électeurs . C’est avec ces données que le Président va donc dessiner les contours de la future majorité qui devra s’employer à poursuivre la réalisation de son programme pour les deux ans à venir . Cela voudra dire et c’est ce que semble suggérer la presse nationale qui a constaté l’amorce d’un mouvement pavlovien auprès de différents partis qui se disent prêts à rejoindre la coalisation présidentielles sitôt le coup d’envoi de la formation de cette dernière donné …C’est justement ce que les électeurs qui se sont abstenus appréhendaient et c’est justement cela qui va les conforter dans leur choix à moins que le Président cette fois-ci ne se décide à laisser les partis se débrouiller seuls pour aller vers une synthèse de gouvernement à réaliser entre les partis ayant des visions, à défaut de programmes ,proches .Un gouvernement FLN- RND-RCD , FNA avec deux ou trois autres petits partis représentés par au moins 4 députés et plus à l’APN semble etre le seul cas de figure pouvant réaliser cette synthèse . Ce gouvernement pourrait prendre en charge le programme du Président en précisant certains de ses aspects qui restent encore au niveau des généralités, chose facilement réalisable sans que les différents partis de cette coalition aient à renier quoique que ce soit .    Les partis présents dans cette coalition présentent l’avantage de soutenir la modernité sans etre opposés à la question de la souveraineté et à celle de la tradition. De plus cette coalition représenterait plus de 85% du corps électoral votants et non votants partageant les mêmes idéaux …

La reconstitution du « parti unique » au niveau du Gouvernement pourrait conduire au divorce complet entre la Société et la Classe politique, il faut accepter une opposition forte fut elle islamiste. Il faut accepter que les oppositions s’expriment au sein de l’hémicycle et ailleurs sans quoi c’est le désintérêt suivi de l’endormissement de la Société avec les conséquences qui sont déjà là celui du retard qu’accuse le pays dans des domaines ou hier encore il était pionnier …

B. H.

    Haut

 

Copyright 2003 Le Jour d'Algérie. Conception  M.Merkouche