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Réformes
Priorité à la
privatisation des banques
Depuis la
publication en septembre 1995 de l’ordonnance N° 95-22 sur la
privatisation, pourquoi est-ce la privatisation des banques qui a
finalement consommé plus de temps que
tout le reste ?
Par Mohamed
Terfous
La déclaration
faite à la presse par le président de la Banque Mondiale lors de sa
visite à Alger début 1995 dans ce contexte, recommandait pourtant
déjà alors de commencer par la privatisation des banques dont la
compression du personnel n’aurait aucune incidence fâcheuse, par le
fait de pouvoir reprendre les cadres devant être remerciés en les
plaçant dans de nouvelles unités nécessaires à la modernisation des
banques par la création de nouveaux services.
N’empêche que dans
ce dossier, il est fait allusion à la hauteur bureautique concernant
les mesures devant être prises à temps, du fait que par son enjeu de
taille, cette opération constitue non seulement l’élément
déterminant de la relance, mais aussi celui de la rigueur financière
à imposer sur des dépenses publiques à tous les niveaux. A cela, il
convient d’ajouter une autre cause dont les effets pervers ne
cessaient d’aggraver les problèmes socioéconomiques avant tout
d’ordre structurel, ce qui nécessite dans de pareilles circonstances
la mise en application d’une réforme en profondeur.
En d’autres
termes, cette réforme devait être celle de la révision de concepts
dépassés pour qu’enfin certaines insuffisances du passé puissent
être comblées afin d’assurer efficacement la mise en œuvre d’une
privatisation basée sur le principe de renforcement du rôle du
secteur privé. D’autant que cette question constitue un des
principes fondamentaux de la privatisation depuis l’option pour
l’économie de marché. A cet effet, l’espace juridique devrait
impérativement cadrer avec les textes régissant les structures
concernées et instruments financiers.
Par ailleurs,
après définition des méthodes à utiliser et du dispositif prudentiel
devant être élaboré pour la mise en œuvre de cette privatisation, on
est en droit de s’interroger sur la valeur conceptuelle qu’aurait
cette gigantesque opération dans des situations d’ingérence des
services publics dans la gestion des affaires à large participation
du secteur privé ; à ce propos, il convient d’ajouter que les
européens dans leur approche, pour d’éventuels accords sur la mise
en place d’une zone de libre-échange avaient évoqué la question de
principe d’insister sur l’aide à fournir au secteur privé dans le
but de lui permettre d’assurer la relève de l’Etat. Pour être mieux
éclairé sur ce sujet, il convient de se référer aux résultats
obtenus par certaines expériences à l’étranger.
Premièrement une
des banques d’un pays voisin avait pour la première fois fait
l’expérience, à titre de test, d’ouvrir son capital au grand public
par une émission sur le marché de 1.5 million d’actions, opération
clôturée au bout de 15 jours avec une demande de 3.5 millions
d’actions. Pour satisfaire tous ces ordres d’achat, il a fallu
recourir à la procédure de limitation du nombre d’actions pour
chaque souscripteur.
Par ailleurs la
Banque Mondiale a, dans le cadre d’accord d’un prêt de 280 millions
de dollars à la Roumanie, inclus dans ses conditions la privation
des banques par la vente d’actions uniquement. Quant aux sociétés de
privatisation, d’après le schéma établi par ce pays, le déroulement
de l’opération consiste en une augmentation du capital permettant de
diluer la participation de l’Etat pour la rendre en dessous de 50%
afin de donner satisfaction aux investisseurs qui rejettent toute
sorte d’association avec un Etat majoritaire. En général, les
augmentations de capital s’effectuent à partir de réserves légales
prévues à la fin de chaque exercice.
Par contre, dans
ce cas précis, il s’agit sans aucun doute d’augmentation en
numéraires provenant des crédits octroyés.
Il y a enfin
l’expérience hongroise qui est nettement en avance avec la
participation de l’Etat dans le capital des banques qui était de
l’ordre de 305% devant être ramenée à 25. Dans ce cas de figure, il
est utile de chercher à savoir pourquoi la Banque Mondiale insiste
pour inclure dans ses conditions la privatisation des banques. Tout
simplement parce que la banque dans sa privatisation du personnel
est considérée comme étant le principal obstacle dans la négociation
avec les partenaires sociaux. Par contre, après toute opération
d’assainissement, la banque doit nécessairement se moderniser pour
atteindre son objectif primordial qui est l’accroissement du profit
comme base fondamentale de la privatisation.
A cet effet, il
est impératif pour la banque de se doter de nouveaux services
générateurs d’emplois, ce qui lui permettrait, avec un équipement
adéquat, d’assurer une parfaite gestion de sa trésorerie et d’avoir
aussi une facilité de drainage de la petite épargne vers
l’investissement. Aussi cette refonte avec l’utilisation de nouveaux
produits et instruments financiers va contribuer au renforcement du
dispositif prudentiel pour rendre ainsi les banques plus flexibles
en matière de risques inhérents aux investissements et à la mise en
place des lettres de crédit. D’autre part, il convient de commencer
l’information diffusée récemment par la presse au sujet de l’absence
des banques du marché monétaire ou pour la souscription aux bons du
Trésor mis en adjudication. A cela, il est nécessaire de préciser
que la prétendue défaillance des cinq banques parmi les institutions
financières agréées par les autorités du marché monétaire ne peut
être attribuée à une question de manque de liquidités. Et ce, étant
donné que les banques n’ont qu’un rôle de médiateur agissant pour le
compte de leur clientèle dont les dépôts alimentent des opérations
bancaires de ces établissements financiers.
Ainsi, pour
couvrir les demandes de financement de cette clientèle, le
redéploiement de ces dépôts s’effectue par des opérations bancaires
qui rapportent des taux d’intérêt dépassant largement ceux qui sont
offerts par le marché monétaire. D’autant que la demande de
refinancement par les banques ne cesse de s’accroître avec
l’amélioration des conditions d’accès au crédit et à la devise.
Par contre
l’épargne institutionnelle ou en l’occurrence des autres
institutions financières dont le capital est à 100% étatisé
disposent en majeure partie des fonds publics et qu’à ce titre, le
Trésor peut le mobiliser à tout moment et en toutes circonstances ;
quant aux banques traditionnelles dont le crédit est devenu anémique
depuis la période de stagnation marquée par la hausse des taux
d’intérêt et les détournements de fonds d’une ampleur sans
précédent, elles doivent nécessairement se doter d’un marché
interbancaire nouvellement réglementé par le code du commerce. Aussi
ce marché est considéré comme un paramètre de régulation par son
influence sur le taux d’intérêt fixé par la Banque d’Algérie pour
son refinancement et sur ceux qui sont offerts en adjudication par
le marché secondaire.
Par ailleurs, il
appartient de mettre l’accent sur la privatisation partielle des
cinq banques nationales ou de leur ouverture du capital malgré la
préoccupation majeure de tous les gouvernements qui se sont succédé,
sans qu’aucune solution ne soit trouvée jusqu’à présent. Pourtant la
seule banque qui a pu attirer d’éventuels preneurs étrangers est le
Crédit Populaire, après trois ans de négociations sans résultat.
Ainsi, ce qui importe dans cette privatisation, c’est de se mettre à
l’évidence qu’en privatisation la gestion serait celle du profit et
de l’actionnariat, facteur déterminant de l’accroissement du volume
des affaires, des taxes et de l’emploi.
Ce qui laisse
supposer que les responsables de la privatisation ne veulent pas
tenir compte de la situation actuelle des banques nationales et de
leurs créances douteuses qu’elles n’ont pu recouvrir, dont le
montant a été annoncé par l’ex-ministre des Finances devant le
parlement qui est de 5 milliards de $. A cela s’ajoute le fait que
depuis l’option pour l’économie de marché, il est impératif de
privatiser afin de faire changer le mode de gestion actuel qui est à
l’origine du dysfonctionnement du système bancaire, de qui dépend
toute la gestion financière des affaires économiques du pays.
En conséquence, il
ne saurait être question de ne pas désengager l’Etat de la gestion
des affaires du pays en faveur du secteur privé par le biais de la
privatisation. D’autant plus, l’essentiel, dans cette opération,
c’est la participation du secteur privé qui fera changer totalement
les termes d’une gestion assistée pour aller vers une gestion
libérale susceptible de faire générer des bénéfices en augmentant le
rendement. Ce qui n’a jamais été le cas avec une gestion administrée
avec autant de gaspillage et surcharge empêchant la réalisation de
dividende avec comme unique gestionnaire et actionnaires qui est
l’Etat.
Autrement dit,
s’il y a eu un mauvais départ dans la mise en application de
l’économie de marché en Algérie, c’est parce qu’on a confié la
gestion des affaires économiques des chantres d’un système révolu,
par le fait aussi de n’avoir pas pu bien gérer les dossiers dont ils
ont la charge en obtenant comme résultat l’hypothèque des biens des
générations futures. D’autant plus que la gestion des affaires
économiques a été menée avec amateurisme par des carriéristes ayant
gardé les mêmes réflexes de l’ancienne gestion, sans être invités à
se recycler pour s’adapter à la nouvelle donne économique.
Ce qui de toute
évidence avait débouché sur une véritable «khalota» ayant créé un
climat de suspicion, d’où d’importants retraits ont été effectués
sans qu’il y ait trace justifiant les écritures passées.
Néanmoins, ce qui
semble inconcevable pour les banques publiques devant être éligibles
à la privatisation, c’est quand leur tutelle administrative leur
faisait parvenir le 15 janvier 2007, par une directive aberrante,
l’ordre d’exiger de leurs clients de remplir des formulaires pour
fournir la destination des retraits effectués à partir de 200 000
DA. Autrement dit, du rôle de banquier, les gestionnaires ont pour
mission désormais de se transformer en gendarmes afin d’empêcher le
client de disposer des ses fonds selon son propre usage.
C’est ce qui fait
penser à la même erreur que celle de la limitation du chèque pour un
minimum de 50 000 DA, qui deux mois après la promulgation du texte,
fut abrogé sans faire connaître les raisons de ce recul. Pour ce cas
précis, les choses étaient claires, surtout que ça s’est passé une
semaine avant le mois de carême 2006. Par crainte de maffia du
commerce informel qui risquait de provoquer des produits de
consommation en faisant grimper les prix pendant le mois de ramadan.
M.T.
Expert
financier
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