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Finances
Qui se
souvient de la Bourse d’Alger ?
Cette
Bourse qui ne cessera de faire parler d’elle, se trouve dans une
situation où sa réglementation nécessite une réforme en profondeur
pour pouvoir la faire sortir de l’impasse.
Par Mohamed Terfous (*)
La raison c’est que, lorsqu’on avait
décidé de sa création en 1990, l’élaboration de sa réglementation a
été confiée à d’anciens cadres de la planification, qui, depuis des
décennies, n’ont rien connu d’autre que la gestion assistée. Et que
des structures comme la Bourse, la privatisation ou le Conseil de la
monnaie et du crédit, ont été bâclés avec toujours le même
processus, qui existe depuis l’indépendance de l’Algérie, où c’est
l’Etat propriétaire, gérant et contrôleur en même temps. A cela
s’ajoute le fait que, parmi ces cadres il y a des
chantres d’un système révolu, qui n’ont
jamais admis de changement pour ne pas perdre de privilèges,
jalousement gardés.
A ce stade, reprendre article par
article le contenu de cette réglementation, ça n’a aucun sens.
L’essentiel est de faire connaître quelques instruments de base
devant aider cette institution à sortir de son immobilisme qui n’a
que trop duré. Surtout, après avoir été élaborée par d’anciens
cadres sans la moindre connaissance du sujet pour que dans son
application, l’effet inverse se produise en étant en nette
contradiction avec la nouvelle donne économique, pour devenir hélas,
impraticable. Toujours est-il que, dans cette réglementation, le
tiers des articles est réservé à la répression des fraudes et aux
délits d’initié, pour ainsi dire, il s’agit plutôt d’un code pénal.
N’empêche qu’elle a largement défini le rôle des intermédiaires et
intervenants en bourse et de faire connaître la nature peut-on tirer
profit. Tant que le paramètre pivot de la spéculation sera l’appât
du gain.
Par contre, il importe de souligner
certains éléments qui ne figurent pas encore dans le règlement
interne pour le rendre public : sont les tarifs des commissions
devant être prélevées pour chaque transaction ou pour le rendre
public : sont les tarifs de commissions devant être prélevées pour
chaque transaction ou pour la distribution des dividendes, afin que
la Bourse ait son propre financement, que de recourir à celui du
Trésor comme étant une institution étatisée.
D’autre part, il y a le canevas et de
la façon dont il est conçu, afin de le faire compléter pour
l’adapter à celui des autres bourses. Et non pas le garder tel qu’il
est en faisant de lui un véritable parcours du combattant qui
dissuade tous les téméraires ou toute introduction en Bourse y
compris les boursicoteurs de renom.
Par ailleurs, pour le démarrage d’une
Bourse, devrait être utilisé, l’ancien système qui est celui du
tableau et le carnet, que de recourir à l’informatique avec des
installations assez coûteuses qui ne sont valables que pour un
certain nombre d’ordres à exécuter par jour. Surtout quand il s’agit
d’une dizaine par jour au lieu de plusieurs milliers/jour. A ce
stade, c’est le manuel qu’il faudrait pour le nombre d’ordres
exécutés actuellement et ce n’est que lorsqu’il y aurait un volume
assez important d’ordres à passer que le logiciel adéquat serait
utilisé.
Pourtant, c’est ce qu’ont fait nos
voisins avant d’informatiser. Néanmoins, avec le manuel, il y a
cette possibilité de recrutement de jeunes pour le suivi et la
manipulation des
titres pour lesquels il faudrait
renoncer au projet de dématérialisation qu’avait annoncé SAIDAL.
A cela, il faudrait prévoir le conseil
déontologique des valeurs mobilières du même genre qu’ont nos
voisins, dont le rôle est celui de s’assurer de la protection de
l’épargne investie en valeurs immobilières. Evidemment cet
instrument de protection vise les entreprises introduites en Bourse
et qui abusent dans leurs dépenses sans préserver le dividende des
actionnaires. Ainsi, le contrôle s’effectuera par le biais des
informations que les sociétés introduites en Bourse, sont tenues de
les faire publier tous les ans ou semestres. Ce même conseil veille
aussi au bon déroulement des marchés.
Comme aussi peuvent être décidées
certaines dispositions concernant la mise en place de fonds communs
de placements en Bourse ou d’organismes de placements collectifs en
valeurs mobilières etc. D’autant que pour tous ces organismes il y
aurait ultérieurement la définition de leur contrôle et de leurs
obligations comptables, ainsi que le rôle du commissaire aux comptes
et celui de la commission de courtage. Après la mise en place de
tous ces instruments, quelques-uns des grandes sociétés nationales
que le gouvernement hésite de faire introduire en Bourse sans
vouloir les faire privatiser, normalement le 20% de leur capital,
doit être mis, comme partout ailleurs à la disposition des petits
porteurs d’actions.
Ce qui serait la façon idéale de tester
le gisement d’épargne dont dispose le grand public et c’est aussi le
moyen de pouvoir déterminer la valeur boursière de l’action de
chaque société nationale devant être introduite en Bourse.
Dans ce contexte, l’idéal serait
d’aider la privatisation, avec la mise en vente des bons de
privatisation avec un nominal à la portée des menus revenus, donnant
droit à l’achat d’actions en Bourse de sociétés privatisables avec
un bonus prévu à la date de leur cotation. Cette prime se situe
entre le nominal de l’action et le cours en Bourse. Ce système de
bons de privatisation a été utilisé par plusieurs Bourses, dont les
résultats sont concluants. Autrement dit, il s’agit de sociétés
nationales dont on a décidé de leur privatisation, une fois que les
cours de leurs actions sont testés pendant plusieurs semaines de
cotation. Et ce qu’il y avait d’étonnant, c’est que les cours
avaient augmenté dans certains cas de plus de 25% de leur valeur
nominale au bout de trois semaines. Ce qui pourrait être le cas pour
le petit épargnant algérien. C’est une création de la Bourse de
Paris qui a donné de très bons résultats chez nos voisins.
Par ailleurs, si on parvenait à faire
le montage du scénario qui consiste à introduire en Bourse seulement
le 20% d’actions du capital d’entreprises nominales parmi les
grandes ainsi que quelques entreprises privées notamment celles du
téléphone portable, il y aurait la bousculade pendant des mois
devant les guichets des banques qui sont agréées à la corbeille pour
être habilitées à traiter les ordres en Bourse. Ce qui serait sans
nul doute l’occasion de faire propulser cette Bourse dont les
dirigeants éprouvent du mal à la faire démarrer. Ça sera aussi le
moyen de fasciner nos boursicoteurs par le mirage boursier dont la
plupart apprécient le délice qui devient parfois non pas une passion
mais une drogue. Et ce qui importe le plus c’est le fait
d’encourager l’actionnaire salarial du même genre que celui des
Japonais, où l’ouvrier actionnaire devient plus vigilant que
quiconque pour le parfait entretien de l’usine et de sa bonne marche
devant permettre la réalisation de gros bénéfices, dont il est
intéressé comme actionnaire.
Pour ainsi dire c’est ce genre de
stimulant dont a besoin une Bourse devant être épargnée d’une
gestion où il y a confusion du rôle de l’Etat puissance publique et
celui de propriétaire gestionnaire, privant ainsi la Bourse de son
autonomie. Ce qui diffère totalement des autres Bourses qui ont leur
liberté d’action pour pouvoir fonctionner avec le prélèvement des
taxes sans recourir à la prise en charge par le Trésor, pour ne plus
être autonome. Cependant, il est regrettable que le ministère des
Finances ait renoncé de remettre sur rails cette Bourse en décidant
début octobre 2006 de la mettre en veilleuse après une régression de
ses activités. Ceci étant, c’est qu’on n’a pas cherché après les
véritables causes de sa stagnation autre que celle de la baisse de
son volume d’affaires. En premier lieu, il y a l’élément moteur qui
est celui de ne l’avoir pas confiée à des mains expertes, quitte à
les faire venir d’ailleurs parmi les Algériens qui exercent dans
plusieurs Bourses à l’étranger. Il y a aussi le ministère de la
Participation qui n’a pas voulu de l’introduction en Bourse de 20%
du capital des grandes sociétés ainsi que le lancement des emprunts
par le biais de cette Bourse.
A cela s’ajoute le fait de n’avoir pas
essayé de privatiser par l’intermédiaire de la Bourse. D’autant plus
avec une gestion administrée, il est évident qu’il serait difficile
de procéder à la collecte de l’épargne notamment la petite pour son
réemploi notamment dans l’industrie. Dans ce contexte, il appartient
de souligner que cette proposition de réforme de la Bourse d’Alger,
qui se rapprocherait de celle de la Bourse de Casablanca, créée
pendant la colonisation par la Bourse de Paris, du temps des agents
de change, qui sont remplacés aujourd’hui par des sociétés de
Bourse. D’autre part, dans le projet de réforme de la Bourse
d’Alger, serait incluse la procédure du flixing, pour la décote
graduelle, qui est utilisée uniquement pour la cotation d’actions et
d’obligations et non pas pour les monnaies. Ce que le FMI a
expérimenté avec le dinar, en faisant de l’Algérie un véritable
laboratoire, dont les résultats sont désastreux pour la monnaie
algérienne par rapport aux autres monnaies. Et il y a le système
SICOCAM avec son fameux virement, faisant gagner du temps en matière
de négociation des titres dans la chambre de compensation.Par
ailleurs, s’ajoute aussi le fait que les utilisateurs des Bourses
arabes seraient attirés plutôt par des opérations de placements que
de spéculation. A savoir c’est une aubaine qui s’offre à eux, avec
la position actuelle du dinar et de son cours par rapport aux autres
monnaies, ainsi que son matelas devisé comme couverture, d’un
montant jamais égalé dans son histoire.
Dans cette optique, il y a M. le
ministre délégué à la Réforme financière qui a, au cours d’une
conférence de presse du 19/12 /2006, déclaré : «Si vous voulez avoir
une convertibilité du dinar, il faut avoir une plus grande diversité
de nos sources de revenus». C’était à l’occasion de présenter son
nouveau système de paiement bancaire devant être mis en place en
2007 en annonçant que la convertibilité n’est pas à l’ordre du jour.
Néanmoins, avec le temps passé pour des travaux de recherche, afin
de faire avancer la réforme, on s’aperçoit qu’on est encore au stade
du paiement bancaire avec une convertibilité qui semble ne pas être
pour demain.
Cependant, la Bourse algérienne dès le
départ a été créée comme façade par le fait de l’avoir confiée à un
jeune nommé directeur général sans aucune expérience ou avoir exercé
dans une autre Bourse, et qui avait en 1992, rejeté la proposition
de création de la Bourse du Maghreb dont le projet des statuts avait
été élaboré par des experts marocains et algériens. Et la raison de
ce rejet, c’est de ne pas vouloir partager le budget de 30 millions
de dinars de l’époque avec d’autres créations de Bourses même si
elles sont régionales. Seul Rachid Sekkak était d’accord pour ce
projet, par le fait d’avoir été le secrétaire général du Conseil de
la monnaie et du crédit, conseiller du gouverneur de la Banque
centrale, directeur de la balance de paiement et directeur de la
dette extérieure, qui, avec toutes ces fonctions, c’était l’élément
gênant, qui faisait de l’ombre à certains qui sont arrivés à lui
faire quitter le pays. Après plus de dix ans d’absence, il est de
retour à la tête d’un grand groupe financier étranger. Par contre,
si son conseil a été suivi pour la création de la Bourse maghrébine,
ce qui aujourd’hui aurait été l’instrument adéquat de drainage de
capitaux arabes par le truchement de bourses arabes qui sont en
pleine effervescence.
A cet instar le taux actuel de change
du dinar serait de toute évidence le déclic d’un déferlement d’ondes
d’achat d’actions de sociétés algériennes introduites en Bourse,
particulièrement celles qui sont privatisables. Dans cette vision
des faits, tous les experts financiers et bancaires des pays membres
du Maghreb, auront cette faculté d’enrichir leurs connaissances par
des échanges mutuels d’informations à travers tous les systèmes
bancaires et monétaires du Maghreb. Dans cette optique la
privatisation par la Bourse aurait été d’un grand succès devant
éviter le bradage de certaines sociétés nationales. Ainsi, il
convient d’admettre que cela a été une erreur monumentale de priver
le marché algérien de la Bourse maghrébine, comme instrument de
placement de capitaux arabes dont les moyens de le faire lui avaient
fait toujours défaut. N’empêche qu’il n’est pas tard de reprendre en
mettant les bouchées doubles pour récupérer le temps perdu. Par
contre, ce qui est inadmissible, c’est d’avoir décidé de participer
à l’association des banques du Maghreb au lieu de renforcer le
dispositif de contrôle des banques à travers tout le Maghreb, pour
que les expériences des uns puissent aider les autres, afin d’éviter
que les erreurs du passé ne se reproduisent plus.De ce point de vue,
il serait utile de reprendre les quelques énoncés du titre 2 article
3 du projet de statuts de l’Union algérienne de Bourses de valeurs,
UMAB, «Objectifs et attributions» l’Union bis d’une manière
générale. A renforcer les relations entre les pas membres – Echanger
l’expérience technique dans les domaines la concernant, participer à
la coordination et l’orientation des lois et règlements appliqués et
la matière – Contrecarrer les difficultés qui entravent
l’investissement dans le Maghreb arabe – Diversifier les moyens
d’investissement et encourageant l’introduction et l’échange de
valeurs mobilières à l’échelon du Maghreb – encourager le placement
et l’investissement des capitaux des pays du Maghreb arabe dans les
domaines de développement commun – et d’une manière générale,
participer à la création de marché financier maghrébin pour
l’échange de valeurs mobilières à l’intérieur des pays du Maghreb.
L’article 4 concerne aussi un autre
volet des attributions de l’UMAB qui stipule «le développement de
l’activité des Bourses du Maghreb et le renforcement du rôle de
l’intermédiation financière». L’introduction des sociétés mixtes du
Maghreb optant pour la complémentarité économique par le biais des
Bourses de l’Union, en facilitant l’échange des valeurs mobilières
entre citoyens du Maghreb arabe – coordonner et uniformiser les
réglementations des Bourses membres. Coordination et coopération
avec les Bourses arabes par l’intermédiaire de l’Union des Bourses
arabes et internationales etc. Dans cette optique peut-on rester
encore longtemps à subir sans réagir les retombées déplorables des
erreurs du passé ? Aussi faut-il admettre que sans changement il y
aurait ce retour
désagréable à la case départ avec
autant de retard et d’argent perdu.
M. T.
(*) Consultant en Finances
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