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Kirghizstan
L’armée
mobilisée, des tirs sans sommation autorisés
Le Kirghizstan
mobilisait hier son armée et a autorisé ses forces à tirer sans
sommation dans le sud de ce pays stratégique d'Asie centrale pour
tenter d'y endiguer des violences ethniques
qui ont fait au
moins 86 morts et 1 000 blessés depuis vendredi.
Le ministère de la
Défense a annoncé qu'il mobilisait les réservistes de l'armée âgés
de 18 à 50 ans. Les forces de l'ordre ont, elles, été autorisées à
tirer sans sommation samedi soir. «Le ministère de la Défense
appelle tous les réservistes âgés de moins de 50 ans à se présenter
aujourd'hui, 13 juin, avant 15h00 (09h00 GMT) aux points de
recensement», a annoncé le ministère dans un communiqué.
«L'organisation de la mobilisation partielle de la population civile
commence dans les bureaux de recrutement militaire des villes et des
districts du pays», poursuit-il. Le gouvernement provisoire a
décrété un couvre-feu 24 heures 24 à Och, deuxième ville du pays, et
dans deux districts avoisinants, prolongeant cette mesure qui était
jusqu'à présent en vigueur durant la nuit. L'état d'urgence était
maintenu dans une partie de la région voisine de Djalal-Abad où les
violences se sont propagées samedi, alors que les affrontements
ethniques entre Ouzbeks et Kirghiz a été porté à 86 morts et 1 000
blessés selon un nouveau bilan du ministère de la Santé. Selon des
témoins interrogés par l'AFP, la situation à Och était loin de se
pacifier et ces derniers font état d'un bilan beaucoup plus lourd
que celui annoncé par les autorités. «On ne nous laisse pas ramasser
les corps dans les rues. Les autorités cachent l'ampleur de la
tragédie et la vérité. Le centre-ville est sous le contrôle de
bandits enragés», raconte un habitant de Och, sous le couvert de
l'anonymat. A Djalal-Abad, la représentante du médiateur de la
République pour les droits de l'homme, Alima Amanova, a indiqué
qu'environ 2 000 personnes, dont certaines armées, s'étaient
rassemblées à l'hippodrome de la ville. «A l'hippodrome il y a plus
de 2 000 personnes. Parmi elles, il y a beaucoup de provocateurs. Je
ne vois aucun représentant des autorités», a-t-elle dit. La
communauté internationale et les ONG ont appelé au calme, alors que
des milliers de réfugiés ont déjà fui les affrontements, se
rassemblant à la frontière ouzbèke, non loin de l'épicentre des
violences. «Les Etats-Unis surveillent de près la situation dans la
République du Kirghizstan et appellent à un rétablissement rapide de
la paix et de l'ordre public dans la ville d'Och et là où des
violences ethniques sont en cours», a indiqué le département d'Etat
dans un communiqué. La stabilité du Kirghizstan est primordiale pour
Washington qui dispose près de Bichkek, d'une base importante pour
ses troupes déployées en Afghanistan. L'ONG de défense des droits de
l'homme, Amnesty international a appelé le gouvernement à protéger
«tous les citoyens kirghiz, en particulier ceux d'origine ouzbèke
qui ont été visés par la violences». L'organisation appelle
l'Ouzbékistan à ouvrir ses frontières pour accueillir les réfugiés,
qui seraient entre 2 000 et 6 000, alors que Tachkent s'est dit
samedi «extrêmement alarmé». «Les choses empirent d'heure en heure»,
a estimé Séverine Chappaz, numéro deux du Comité international de la
Croix rouge (CICR) au Kirghizstan. La Russie, qui a aussi une base
militaire au Kirghizstan, a rejeté samedi la demande kirghize
d'envoyer des troupes et annoncé l'envoi d'aide humanitaire. Ces
affrontements sont les pires violences depuis la révolution du mois
d'avril (87 morts) qui a chassé le président Kourmanbek Bakiev et
porté au pouvoir l'actuel gouvernement provisoire. Des violences
avaient déjà ensanglanté en mai la région de Djalal-Abad, bastion du
président déchu. Historiquement, les relations entre la minorité
ouzbèke (15 à 20% de la population du Kirghizstan) et les Kirghiz
sont tendues, notamment en raison de disparités économiques qui
frustrent en particulier les Ouzbeks. De puissants groupes mafieux
sont également actifs dans cette région.
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