Région

Retour

Ras El Oued

Comment transformer un isolement en atout

 

 13/04/11

 

Ras El Oued

Comment transformer un isolement en atout

Forcés par l’isolement à demeurer «les pieds boulonnés dans leurs terres», les habitants de cette région des Bibans ont tellement bien travaillé leur jardin qu’ils peuvent aujourd’hui s’enorgueillir de fournir au restant de leurs congénères le plus gros de leur nourriture.

Isolée de par sa position géographique, éloignée des grands axes routiers, la daïra de Ras El Oued (Bordj Bou Arréridj), est l’une de ces rares régions du nord du pays à être demeurée complètement «indemne» de toute activité industrielle et entièrement vouée à l’agriculture et à l’élevage.

Imposé par le relief de ses territoires, notamment la montagne de Nechar, une barrière naturelle de quelque 10 km qui a longtemps constitué un obstacle pratiquement inexpugnable face à toute entreprise de désenclavement, l’isolement de Ras El Oued, est probablement en passe de devenir un atout de développement pour cette daïra.

Forcés par l’isolement à demeurer «les pieds boulonnés dans leurs terres», les habitants de cette région des Bibans ont tellement bien travaillé leur jardin qu’ils peuvent aujourd’hui s’enorgueillir de fournir au restant de leurs congénères le plus gros de leur nourriture.

Dans pratiquement toutes les filières de l’agriculture et de l’élevage, la daïra de Ras El Oued occupe en effet la tête du classement à l’échelle de la wilaya, selon des statistiques de la direction des services agricoles. 

Des chiffres qui indiquent, par exemple, que sur les 46 millions de litres de lait cru produits annuellement dans la wilaya, 55% proviennent de la daïra de Ras El Oued qui possède un cheptel de vaches laitières de plus de 9 000 têtes. Elle fournit annuellement, en plus, 11 000 quintaux de viandes blanches et environ 200 millions d’œufs.

40% de la production céréalière de la wilaya

 Les filières agricoles ne sont pas laissées pour compte par les fellahs de cette région qui laissent peu de leurs lopins de terre en friche, puisque plus de 22 000 hectares sur les 24 000 que compte toute la région sont exploités.

C’est ainsi qu’ils arrivent à produire environ 40% des 1,2 million de quintaux de céréales récoltés annuellement par la wilaya de Bordj Bou Arréridj, et à occuper la première place en matière de fruits et légumes, la qualité de leur production potagère étant particulièrement appréciée. 

Les services agricoles sont donc convaincus que Ras El Oued est la région la plus riche et la plus apte au développement de l’agriculture extensive, à l’élevage et au développement d’autres filières agricoles dans la wilaya des Bibans.

Quoi qu’en disent les jeunes du chef-lieu de daïra, nombreux à rêver de voir des unités industrielles s’installer chez eux pour y apporter des postes d’emploi pour les diplômés et du savoir-faire technologique qui permettrait à leur patelin de mettre un pied dans le «progrès», la vocation agricole de Ras El Oued, peut devenir une source de richesse inestimable.

Il est vrai que ces jeunes dont la majorité a eu accès à l’instruction contrairement à leur aînés, forcés de prendre les chemins de l’émigration vers l’Europe et la France en particulier, à une époque où l’émigration était un vrai calvaire, se sentent frustrés de voir des investisseurs originaires de leur région, bouder Ras El Oued, pourtant 2e ville de la wilaya, à cause, notamment, de l’insuffisance du réseau de voies de communication.

Eloignée de 38 km des grands axes que sont les routes nationales, l’autoroute Est-ouest et le rail, la ville de Ras El Oued, située sur le promontoire portant le même nom, à 1 100 m d’altitude, demeure «insatisfaite» malgré tous les équipements publics dont elle a été dotée, comme son stade de 5 400 places et sa piscine semi-olympique.

La «ville-chaussette»

Les montagnes du Nechar, s’étendant sur une dizaine de kilomètres, empêchent la réalisation d’un couloir routier pouvant déboucher sur les communes de deux autres wilayas, à savoir Ouled Tebbane, à Sétif, et Magra, à M’sila et, par-delà, atteindre la wilaya de Batna.

«Vous savez, Ras El Oued n’est pas Rome, car un seul et unique chemin y mène, et c’est par là qu’on en sort. Il n’y a qu’une seule issue routière qui se scinde en deux, à 3 kilomètres au nord de la ville, l’une pour rejoindre la ville de Bordj Bou Arréridj et l’autre pour aller à Sétif ou vers la commune de Aïn Oulmène», ironisent les jeunes en donnant le nom de «ville-chaussette» à leur localité.

Tôt le matin, ils sont des milliers de jeunes à quitter la ville par la même route pour se diriger vers les usines, les administrations et les centres universitaires, à Bordj Bou Arréridj, Sétif, El Eulma et Aïn Oulmène, le reste de la population est majoritairement composé d’agriculteurs, d’éleveurs, de commerçants ou de retraités.

Selon les services de direction des mines et de l’industrie, une zone industrielle et une zone d’activité sont programmées dans cette daïra. Les études sont lancées pour l’implantation d’une cinquantaine de projets en liaison avec justement le caractère agricole de la région.

Un destin tracé par les Romains

Pour l’heure, la région de Ras El Oued semble incapable d’échapper à un destin déjà tracé par les Romains qui y exploitèrent toutes les ressources et y fondèrent une ville qui prit le nom berbère de Thamallula. Des vestiges de cette agglomération subsistent à ce jour ainsi que les restes d’une forteresse byzantine, totalement abandonnés par les services de la commune.

L’agglomération actuelle de Ras El Oued succède au village colonial de Tocqueville, fondé par les Français en 1892. Le nom actuel de Ras El Oued signifie le commencement de l’oued. Son sol renferme des richesses inestimables, dont un gisement d’argile à proximité duquel l’Etat avait implanté, dans les années 1980 une briqueterie dont seul un grand hangar a été réalisé avant que le projet, entamé dans la commune Ouled Braham, ne soit abandonné.

Avec une population de

47 884 âmes vivant dans trois communes, Ras El Oued, Ouled Braham et Aïn Tassera, toute la région est un immense territoire agricole, une richesse probablement insoupçonnée par les jeunes.

Si demain la production agricole «bio» est entamée dans la wilaya de Bordj Bou Arréridj, Ras El Oued, avec ses oueds, sa pluviométrie et l’expérience de ses fellahs, transmise de génération en génération, est bien placée pour occuper la première place dans la filière en faisant naître une industrie agroalimentaire saine. Ras El Oued ne serait plus seulement alors le «commencement de l’oued», mais celui de toutes les espérances.

Par Amina K.

Haut

Copyright 2003-2011 Le Jour d'Algérie.